RACINE
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LE THEATRE GRATUIT DE RACINE

CLIN D'ŒIL

LA CABALE CONTRE PHEDRE ET L'AFFAIRE DES SONNETS

LA CABALE CONTRE PHEDRE

Cabale est un mot dérivé du mot hébreu Kabbale soit caché pour décrire un complot ourdi par un groupe de personnes unies autour d’un projet secret visant à conspirer pour le succès de leurs opinions et de leurs intérêts au sein d’un État ou d’une communauté donnée.

La duchesse de Bouillon née Anne Marie de Mancini nièce de Mazarin et sœur du premier amour de Louis XIV Marie Mancini, connait d’avance Phèdre, la prochaine tragédie sur laquelle Racine travaille. Avec son frère le duc de Nevers et Mademoiselle Deshoulières, elle invite Pradon à traiter de son côté le même sujet, Phèdre et Hippolyte. En trois mois, Pradon rédige sa tragédie. Les deux pièces paraissent à deux jours d’intervalle, les 1er et 3 janvier 1677, l’une sur le théâtre de l’hôtel de Bourgogne, l’autre sur le théâtre de la rue Guénégaud. La duchesse de Bouillon loue pour les six premières représentations les loges des deux théâtres et laisse vides, celles de l’hôtel de Bourgogne, pour faire croire à la chute de la Phèdre de Racine, tandis que toute la cabale remplissait la salle Guénégaud de ses applaudissements.

Le succès de la tragédie de Racine n'est que retardé. La pièce de Pradon qui serait aujourd'hui, inconnue sans cette cabale, est d'abord portée aux nues, par un public trompé par cette manœuvre. La curiosité du public la maintient encore assez longtemps sur la scène. Puis Phèdre de Racine bénéficie d'un triomphe énorme. Pradon n'a alors que la consolation d’accuser une cabale imaginaire de son insuccès final. Il accuse Racine et Boileau d'avoir empêché les deux meilleures actrices de Guénégaud de jouer dans sa tragédie.

Il leur reproche d'avoir fait interdire une critique de l'œuvre de son rival, en forme de comédie, Le Jugement d'Apollon sur la Phèdre des anciens, qu'il lit à l'hôtel de Bouillon.

L'AFFAIRE DES SONNETS, SUITE ET FIN DE LA CABALE

Pour défendre la Phèdre de Pradon, Mademoiselle de Deshoulières, aidée de quelques amis de la cabale, fait un sonnet injurieux sur la Phèdre de Racine.

Dans un fauteuil doré, Phèdre, tremblante et blême,

Dit des vers où d’abord personne n’entend rien.

Sa nourrice lui fait un sermon fort chrétien

Contre l’affreux dessein d’attenter sur soi-même.

Hippolyte la hait presque autant qu’elle l’aime;

Rien ne change son cœur et son chaste maintien.

Sa nourrice l’accuse, elle s’en punit bien.

Thésée est pour son fils d’une rigueur extrême.

Une grosse Aricie, au teint rouge, aux crins blonds,

N’est là que pour montrer deux énormes tétons,

Que, malgré sa froideur, Hippolyte idolâtre.

Il meurt enfin, traîné par ses coursiers ingrats,

Et Phèdre, après avoir pris de la mort-aux-rats,

Vient, en se confessant, mourir sur le théâtre.

Racine et Boileau, attribuent le morceau au duc de Nevers. Leurs alliés, le comte de Fiesque, le marquis d’Effiat, Guilleragues et de Manicamp ripostent sur les mêmes rimes. Nevers, sous le nom de Damon, n’y est pas seulement raillé de son mauvais goût littéraire. Il est attaqué dans sa vie aventureuse et galante et accusé de mœurs incestueuses.

Dans un palais doré, Damon, jaloux et blême,

Fait des vers où jamais personne n’entend rien :

Il n’est ni courtisan, ni guerrier, ni chrétien,

Et souvent, pour rimer, il s’enferme lui-même.

La muse, par malheur, le hait autant qu’il l’aime.

II a d’un franc poète et l’air et le maintien

II veut juger de tout et n’en juge pas bien.

Il a pour le phébus une tendresse extrême.

Une sœur vagabonde, aux crins plus noirs que blonds,

Va, dans toutes les cours, promener ses tétons.

Dont, malgré son pays, Damon est idolâtre.

Il se tue à rimer pour des lecteurs ingrats.

L’Énéide, à son goût, est de la mort-aux-rats,

Et, selon lui, Pradon est le roi du théâtre.

Le Duc de Nevers, écrit une vive et hautaine réplique sous la forme d’un troisième sonnet, toujours sur les mêmes rimes.

Racine et Despréaux, l’air triste et le teint blême,

Viennent demander grâce et ne confessent rien

II faut leur pardonner, parce qu’on est chrétien,

Mais on sait ce qu’on doit au public, à soi-même.

Damon, dans l’intérêt de cette sœur qu’il aime,

Doit de ces scélérats châtier le maintien:

ar il serait blâmé de tous les gens de bien,

S’il ne punissait pas leur insolence extrême.

Ce fut une furie, aux crins plus noirs que blonds;

Qui leur pressa du pus de ses affreux tétons,

Ce sonnet qu'en secret leur cabale idolâtre.

Vous en serez punis, satiriques ingrats,

Non pas en trahison d’un sou de mort-aux-rats,

Mais de coups de bâton donnes en plein théâtre.

Pour éviter les coups de bâton promis par le Duc de Nevers, Boileau doit se retirer à Haute Isle près de la Roche Guyon. Pourtant sa prétendue mésaventure est racontée toujours sur les mêmes rimes, par P. Louis Sanlecque qui veut faire sa cours au duc de Nevers.

Dans un coin de Paris, Boileau tremblant et blême,

Fut hier bien frotté, quoiqu’il n’en dise rien.

Voilà ce qu'a produit son style peu chrétien.

Disant du mal d'autrui, l'on s'en fait à soi-même.

«L’affaire des sonnets», qui devient une affaire de bouts-rimés, prend fin par l’intervention du grand Condé, qui déclare hautement mettre les deux poètes menacés sous sa protection. En octobre, Racine et Boileau sont nommés historiographe du Roi, grâce à l'insistance de Madame de Montespan et de sa sœur. Ils reçoivent chacun une somme de 6000 livres par ordonnance royale mais ils doivent se consacrer au service du roi. Racine n'écrira plus de tragédie et suivra les préceptes jansénistes, contre le théâtre.

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