BIOGRAPHIE DE JACQUES CAZOTTE

"Cazotte (1719-1792), l'un des pères de la SF, avait des prémonitions précises sans toutefois prévoir sa propre mort"
Frédéric Fabre

le 7 octobre 1719: naissance à Dijon dans une famille bourgeoise de négociants en vin et de propriétaires de terres. Son père Bernard Cazotte avait une charge de commis greffier aux États de Bourgogne. Sa mère s'appelait Marie Taupin. Élève du collège des jésuites de sa ville natale, il y eut pour condisciples Bret et Jean-François de Rameau, à qui Diderot devait donner l'immortalité.

1740: Il étudie la littérature et le droit. Il travaille d'abord auprès d'un procureur à Paris puis, sur le conseil de Maurepas, son protecteur, il entre dans l'administration de la marine.

1741: publication d'une parodie de conte oriental à la suite des lettres persanes de Montesquieu et de la traduction des mille et une nuits par Galand: la patte au chat, conte zinzinois.

1742: publication d'une féerie alors très à la mode: les mille et une fadaises.

1743: Le 1er mars, il reçoit son brevet d'écrivain ordinaire de la marine chargé de surveiller l'armement, la construction et la réparation des navires. Il exerce ses fonctions au Havre, à Brest puis à Rochefort.

1747: Il est nommé au ministère, écrivain principal de la marine. 

1749: Il est nommé contrôleur de la marine aux Îles du Vent et à la Martinique.

1750: Il est nommé commissaire, Il défend le fort Saint - Pierre en Martinique. Il rencontre Elisabeth Roignon, une belle créole qu'il épousera en 1761 et dont il aura 3 enfants.

1752: Pendant un congé qu'il vient passer à Paris, il aurait pris part à la fameuse querelle dite des Bouffons soit aux discussions soulevées entre les partisans de la musique française et ceux de la musique italienne:

Après la publication de la Lettre sur Omphale de Grimm, en février 1752; le dernier sursaut littéraire de la Querelle des Lullistes et des Ramistes,  l'installation de la Troupe des Italiens à Paris est prétexte à une nouvelle violente polémique, cette fois entre les partisans de la musique italienne et de la musique française.

Jacques Cazotte publie alors anonymement sa première contribution à la querelle avec La Guerre de l'opéra, où prétendant n'être ni d'un coin ni d'un autre, fait la louange du français Mondonville. Cazotte n'est pas, bien entendu, au-dessus de la mêlée, et les enjeux dépassent ceux des goûts musicaux affichés:   

"Un Allemand avoit imaginé que nos Danseurs executoient de mauvaise grâce, que notre Chant ne rendoit point l'expression de notre Langue [...] Et trois Géomètres [Diderot, Rousseau, Holbach ou Grimm] avoient calculé que le tout joint ensemble ne pouvoit pas faire une somme complette de plaisir."

Caux de Cappeval lui répond: "Jamais ils  (les philosophes) n'ont injurié la France avec tant de force et de courage [...] Le manteau de la Philosophie couvre souvent bien des vices, quoiqu'il ne soit fait que pour servir d'enseigne aux ridicules."

   Portait visible à la Tate-Gallery à Londres      

1754: Il aurait publié ensuite les Observations sur la Lettre de J.-J. Rousseau mais elles n'ont été réimprimées ni par lui-même, ni dans ses Oeuvres complètes de1798 ou de 1816. 

1761: Il se retire avec le brevet de commissaire général; mais ni sous Choiseul, ni sous aucun de ses successeurs il ne put obtenir la liquidation de sa pension de retraite.

Le Père La Valette, supérieur de la mission des jésuites à la Martinique, avait racheté de Cazotte, au moment où il quitta la colonie, ses propriétés au moyen de lettres de change que les supérieurs du Père La Valette à Paris refusèrent d'acquitter, alléguant que cette spéculation n'avait pas été autorisée par eux. Il s'ensuivit un long et retentissant procès que Cazotte finit par gagner.

Lors de son retour en France, il habita tour à tour, avec sa femme et ses trois enfants, Paris et un château avec un vignoble champenois à Pierry, près d'Epernay dont il hérita un an après la mort de son frère le chanoine Chrétien Nicolas 

1762: Publication de Olivier, poème en douze chants et en prose, mêlée de vers, sorte d'imitation de l'Arioste, fort bien accueillie.

1768:  il improvise sur un mot donné l'opéra-comique des Sabots dont Rameau neveu, puis Duni, écrivirent la musique et dont le livret est récrit par Sedaine. Pour venir en aide à son camarade Jean-François Rameau, il fait imprimer sous le nom de ce dernier, une sorte de réclame à peine versifiée, intitulée la Nouvelle Raméide, que son ami d'enfance allait débiter dans les cafés.

1771: Publication de Lord impromptu, une nouvelle romanesque dans le style de la Nouvelle Héloïse. 

1772: Publication du Diable Amoureux, considéré comme son chef-d'œuvre. Le noeud de l'intrigue est un de ces travestissements chers aux contemporains de Chérubin et de Faublas, mais la « Nouvelle romanesque » de Cazotte, ainsi qu'il l'intitule lui-même, ne blesse que la vraisemblance. L'histoire est la suivante: un jeune homme parie avec ses camarades d'évoquer le diable, il y réussit; le monstre qui lui apparaît tout d'abord se transforme en page, puis en danseuse, mais au moment où le héros croit toucher au but de ses désirs, Belzébuth se dresse devant lui sous sa première forme, les autres enchantements s'évanouissent et l'audacieux se retrouve seul, par une nuit d'orage, dans une voiture brisée. Les détails gracieux, pittoresques ou effrayants dont le récit est semé, en font la qualité. De plus, l'édition originale était accompagnée d'une préface où Cazotte donnait d'ironiques éloges aux planches dont son livre était orné, raillant ainsi le luxe habituel aux fadaises de Dorat et de son école; or ces six eaux-fortes sont traitées avec un parti pris caricatural très prononcé et de savantes maladresses; longtemps on les attribuait à un seul artiste, Moreau le jeune, mais Mahérault, s'autorisant d'un passage même de la préface, a établi que Marillier et peut-être Cochin pouvaient revendiquer leur part de cette mystification iconographique.

1775: une transformation s'opéra dans l'esprit de Cazotte. Attiré de tout temps vers les sciences occultes, il devint l'un des adeptes de la secte des martinistes et s'adonna, dans sa retraite de Pierry, en compagnie de sa fille et de ses deux fils, qu'il avait également initiés, à toutes les pratiques des illuminés. Fervent royaliste, il épanchait ses inquiétudes sur la marche des événements dans une correspondance intime adressée à son ami Pouteau, secrétaire de Laporte, intendant de la liste civile.

1776: publication des Oeuvres badines, totalité de ses oeuvres réunies par lui-même en 2 volumes in 8; elles comprenaient Olivier, le Lord impromptu et le Diable amoureux.

1788: Il aurait fait sa première grande prédiction lors d'un dîné réunissant des académiciens pour annoncer la révolution française.

1791: Il échappe de justesse, grâce au dévouement de sa fille Elisabeth Cazotte qui réussit à émouvoir la foule, aux massacres de Septembre.

1792: Sa Correspondance mystique est saisie aux Tuileries après la journée du 10 août. Elle est le motif de l'arrestation de Cazotte qui est resté fidèle à Louis XVI. Il est arrêté dans son château de Pierry puis conduit en détention à Paris. Fouquier Tinville le fait traduire devant le tribunal du 17 août pour trahison envers la République. Ses lettres à Pouteau, publiées pour la première fois dans le Bulletin même du tribunal, sont la seule charge qu'on pût relever contre lui, mais elle suffit pour provoquer une sentence de mort. Après la lui avoir signifiée, le président du tribunal Lavaux qui aurait été lui-même, un initié, exhorta Cazotte à la mort par une allocution des plus singulières et tout au moins inutile, car la fermeté du vieillard ne se démentit ni devant ses juges, ni devant l'échafaud.

Premier septembre 1792: Il aurait écrit à Robespierre pour annoncer sa chute et sa mort. Celui - ci aurait répondu qu'il fera face à son destin. C'est sa deuxième grande prédiction publiée en 1817.

Le 25 septembre 1792, il est guillotiné à l'âge de 73 ans en prononçant "je meurs fidèle à Dieu et à mon Roi" qui est la reprise de la formule martiniste: "Deo et Regi fideles".

1798: Sous le titre d'Oeuvres complètes, tous ses écrits avec sa correspondance ésotérique sont réimprimés en 6 volumes in-18

1816-1817: Sous le titre d'Oeuvres badines et morales, historiques et philosophiques, ses oeuvres complètes sont à nouveau publiées en 4 volumes  in-8. Elles comprennent dans le tome I ses devenues célèbres prédictions faites en 1788 lors d'un dîné réunissant des académiciens, pour annoncer la révolution puis celles de 1792 pour annoncer à Robespierre sa chute et sa mort.

1845: Le Diable amoureux est réimprimé in-12 (nouveau tirage, 1871, in-8) orné de dessins par Ed. de Beaumont et accompagnée d'une préface de Gérard de Névarl.

1880: O. Uzanne fait figurer dans sa collection des Petits conteurs, la Patte du chat et les Mille et une fadaises.

CITATIONS DE JACQUES CAZOTTE

L'homme fut un assemblage d'un peu de boue et d'eau. Pourquoi une femme ne serait elle pas faite de rosée, de vapeurs terrestres et de rayon de lumière, des débris d'un arc en ciel condensés ? où est le possible ?... Où est l'impossible ? (Le Diable Amoureux)

On est tous les jours dans le cas de se laisser enseigner des choses que l'on sait par des gens qui les ignorent. (Œuvres badines et morales)

Eh ! Qu'ai-je à redouter de Bernadillo et de tous les lâches de la terre ? Je suis, madame, le seul ennemi redoutable pour moi. (Le Diable Amoureux)

O pouvoir des larmes ! C'est sans doute le trait le puissant de tous les traits de l'amour ! (Le Diable Amoureux)

LIENS EXTERNES

Le village de Pierry propose une ballade au XVIIIe siècle. Cazotte est sous le chiffre magique 13:  http://www.balade-pierry.fr/

Le château de Pierry: http://www.chateau-de-pierry.fr/

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