BIOGRAPHIE DE CHATEAUBRIAND

"François René Chateaubriand (1768-1848) a défendu ses convictions politiques au risque de son ambition"
Frédéric Fabre

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Le 4 septembre 1768: naissance à Saint-Malo, rue des juifs, de François René de Chateaubriand dans une vieille famille aristocratique ruinée qui a retrouvé sa dignité d'antan grâce à la "réussite commerciale"; en réalité la florissante traite des noirs; de son père René Auguste; réussite qui lui a permis notamment, en 1761, le rachat du château et de la propriété de Combourg.

 

"Je suis né gentilhomme. Selon moi, j'ai profité du hasard de mon berceau, j'ai gardé cet amour plus ferme de la liberté qui appartient principalement à l'aristocratie dont la dernière heure est sonnée. L'aristocratie a trois âges successifs; l'âge des supériorités, l'âge des privilèges, l'âge des vanités: sortie du premier, elle dégénère dans le second et s'éteint dans le dernier."

François René est le cadet de dix enfants, dont quatre sont morts en bas âge. Il a un frère, Jean-Baptiste né en 1759, et quatre sœurs, Marie-Anne née en 1760, Bénigne née en 1761, Julie née en 1763 et sa sœur préférée Lucile née en 1764.

"La chambre où ma mère accoucha domine une partie déserte des murs de la ville, et à travers les fenêtres de cette chambre on aperçoit une mer qui s'étend à perte de vue, en se brisant sur des écueils.  Le mugissement des vagues, soulevées par une bourrasque annonçant l'équinoxe d'automne, empêchait d'entendre mes cris: on m'a souvent conté ces détails; leur tristesse ne s'est jamais effacée de ma mémoire. Il n'y a pas de jours où, rêvant à ce que j'ai été, je ne revoie en pensée le rocher sur lequel je suis né, la chambre où ma mère m'infligea la vie, la tempête dont le bruit berça mon premier sommeil, le frère infortuné qui me donna un nom que j'ai presque toujours traîné dans le malheur."

   

Dès son jeune âge, il est confié aux soins de sa grand-mère maternelle, Madame de Bédée qui habite Plancoët: "en sortant du sein de ma mère, je subis mon premier exil" (Mémoires d'Outre Tombe)

1771: A 3 ans, François René revient à Saint-Malo. Il est élevé par La Villeneuve, une domestique qu'il évoque dans les Mémoires d'outre-tombes, avec ses jeux et ses rêveries sur les grèves de sa ville natale.

1777: En mai, la famille s'installe dans le Château de Combourg acheté 16 ans plus tôt. Il y passe une enfance taciturne et triste auprès d'un père taciturne et redouté: "Avare dans l'espoir de rendre à sa famille son premier éclat, hautain aux états de Bretagne avec les gentilshommes, dur avec ses vassaux à Combourg, taciturne, despotique et menaçant dans son intérieur, ce qu'on sentait en le voyant, c'était la crainte."

ainsi que d'Apolline Bédée, mère superstitieuse et devenue maladive dans ce château glacial:

"Elle savait tout Cyrus par cœur. Apolline de Bedée était noire, petite et laide; l'élégance de ses manières, l'allure vive de son humeur contrastaient avec la rigidité et le calme de mon père. Aimant la société autant qu'il aimait la solitude, aussi pétulante et animée qu'il était immobile et froid, elle n'avait pas un goût qui ne fût opposé à ceux de son mari."

François-René, que ses parents destinent à une carrière ecclésiastique plutôt qu'à une carrière dans la marine, est inscrit au collège de Dol:

"Il fallut quelques temps à un hibou de mon espèce pour s'accoutumer à la cage d'un collège et régler sa volée au son d'une cloche."

Il est brillant en mathématiques, doué pour les langues et fait preuve d'une "mémoire extraordinaire".

Il restera quatre ans dans ce collège de la sixième à la troisième. Il passe ses vacances à Combourg.

1780: Lors du mariage de deux de ses sœurs, François-René ressent devant la beauté de certaines invitées, ses premiers émois d'adolescents.

C'est à cette époque qu'apparaît la Sylphide, fantôme d'amour composé de toutes les qualités des femmes rencontrées:

Une soirée d'hiver au château de Combourg, lithographie de Mauduison fils

"Mes jours s'écoulaient d'une manière sauvage, bizarre, insensée, et pourtant pleine de délices. Je voyais avec un plaisir indicible le retour de la saison des tempêtes, le passage des cygnes et des ramiers, le rassemblement des corneilles dans la prairie de l'étang et leur perchée à l'entrée de la nuit sur les hauts chênes du grand Mail. Lorsque le soir élevait une vapeur bleuâtre au carrefour des forêts, que les complaintes ou les lais du vent gémissaient dans les mousses flétries, j'entrais en pleine possession des sympathies de la nature. Rencontrais-je quelque laboureur au bout d'un guéret ? Je m'arrêtais pour regarder cet homme germé à l'ombre des épis parmi lesquels il devait être moissonné, et qui retournant la terre de sa tombe avec le soc de la charrue, mêlait ses sueurs brûlantes aux pluies glacées de l'automne: le sillon qu'il creusait était le monument destiné à lui survivre. Que faisait à cela mon élégante démone? Par sa magie, elle me transportait au bord du Nil, me montrait la pyramide égyptienne noyée dans le sable, comme un jour le sillon armoricain caché sous la bruyère: je m'applaudissais d'avoir placé les fables de ma félicité hors du cercle des réalités humaines.

Le soir, je m'embarquais sur l'étang, conduisant seul mon bateau au milieu des joncs et des larges feuilles flottantes du nénuphar. Là, se réunissaient les hirondelles prêtes à quitter nos climats. Je ne perdais pas un seul de leurs gazouillis.

         Château de Combourg, gouache sur papier
          par Hubert Clerget (1818-1899), vers 1860

Elles se jouaient sur l'eau au tombé du soleil, poursuivaient les insectes, s'élançaient ensemble dans les airs comme pour éprouver leur ailes, se rabattaient à la surface du lac, puis se venaient suspendre aux roseaux que leur poids courbait à peine, et qu'elles remplissaient de leur ramage confus. La nuit descendait; les roseaux agitaient leurs champs de quenouilles et de glaives, parmi lesquels la caravane emplumée, poules d'eau, sarcelles, martins-pêcheurs, bécassines se taisait, le lac battait ses bords; les grandes voies de l'automne sortaient des marais et des bois: j'échouais mon bateau au rivage et retournais au château."

1781: François-René fait sa première communion le jeudi Saint 12 avril. Il décrit dans ses mémoires, "une "cérémonie touchante et sublime". Il hésite avant de se confesser et finit par avouer ses péchés de jeunesse. Le confesseur "devina mes futures passions".

François-René quitte le collège de Dol. Il entre en seconde au collège de Rennes. Sa ferveur religieuse s'étiole.

1782: Lors du mariage de sa troisième sœur, Julie, il connaît de nouvelles émotions face à la beauté d'une ravissante invitée.

1783: Il se rend à Brest pour passer l'examen de garde-marine. Finalement il ne pourra pas le passer en raison de limitations dans le recrutement qui le font attendre trop longtemps.

De retour à Combourg, il s'apprête à choisir l'état ecclésiastique. Il indiquera dans Les Mémoires, que "la vérité est que je ne cherchais qu'à gagner du temps, car j'ignorais ce que je voulais". Il achève ses études classiques au collège de Dinan.

    

1784: Il va connaître à Combourg "deux années de délire" qu'il décrira abondamment dans ses Mémoires. Ce sont les automnes mélancoliques et les soirées lugubres dans le château de Combourg, vieille forteresse froide du moyen âge, aux murs peints en gris avec un léger liseré blanc bordé de rouge. Il se promène dans les landes qui jouxtent le château et le lac. Il apprend à en apprécier le caractère sauvage et désolé:

"Le printemps, en Bretagne, est plus doux qu'aux environs de Paris, et fleurit trois semaines plus tôt. Les cinq oiseaux qui l'annoncent, l'hirondelle, le loriot, le coucou, la caille et le rossignol, arrivent avec des brises qui hébergent dans les golfes de la péninsule armoricaine. La terre se couvre de marguerites, de pensées, de jonquilles, de narcisses, d'hyacinthes, de renoncules, d'anémones, comme les espaces abandonnés qui environnent Saint-Jean de Latran et Sainte-Croix de Jérusalem à Rome. Des clairières se panachent d'élégantes et hautes fougères. Des champs de genêts et d'ajoncs resplendissent de leurs fleurs qu'on prendrait pour des papillons d'or. Les haies, au long desquelles abondent la fraise, la framboise et la violette, sont décorées d'aubépines, de chèvrefeuille, de ronces dont les rejets bruns et courbés portent des feuilles et des fruits magnifiques. Tout fourmille d'abeilles et d'oiseaux; les essaims et les nids arrêtent les enfants à chaque pas. Dans certains abris, le myrte et le laurier-rose croissent en pleine terre, comme en Grèce; la figue mûrit comme en Provence; chaque pommier, avec ses fleurs carminées, ressemble à un gros bouquet de fiancée de village."

Seule, sa sœur Lucile, dont il est très proche, parvient à le tirer de son humeur morbide. Elle le révèle à la poésie.

  

Lucile de Chateaubriand (1764-1804), soeur de Chateaubriand

"Lucile était grande et d'une beauté remarquable, mais sérieuse. Son visage pâle était accompagné de longs cheveux noirs; elle attachait souvent au ciel ou promenait autour d'elle des regards pleins de tristesse ou de feu. De la concentration de l'âme naissaient chez ma sœur des effets d'esprit extraordinaires. Endormie, elle avait des songes prophétiques; éveillée, elle semblait lire dans l'avenir. Sur un palier de l'escalier de la grande tour, battait une pendule qui sonnait le temps au silence; Lucile, dans ses insomnies, s'allait asseoir sur une marche, en face de cette pendule: elle regardait le cadran à la lueur de sa lampe posée à terre. Lorsque les deux aiguilles unies à minuit enfantaient dans leur conjonction formidable l'heure des désordres et des crimes, Lucile entendait des bruits qui lui révélaient des trépas lointains."

          Chateaubriand vers 1787

C'est la période de la grande indécision : "Je n'avais point voulu me faire marin, je ne voulais plus être prêtre. Restait la carrière militaire; je l'aimais. Mais comment supporter la perte de mon indépendance?"

1786: Après toutes ses hésitations, il se décide et indique son souhait de partir aux Indes. Mais son père l'en dissuade fermement et lui impose de rejoindre le régiment de son frère, dans lequel ce dernier lui a obtenu une place de sous-lieutenant au régiment de Navarre.

Il quitte Combourg le 9 août pour Cambrai. Il s'arrête en chemin chez sa sœur Julie à Paris. Son père meurt le 6 septembre. " Ma famille se rassembla à Combourg; on régla les partages; cela fait, nous nous dispersâmes."

La mort de son père marque une rupture dans sa jeunesse. François-René ne retournera que très rarement au château paternel.

1787: Présenté par son frère, François-René va faire ses premiers pas dans le Monde. Il est accueilli à Versailles le 17 février et participe à une chasse avec Louis XVI. Il se montre très réservé et ressent "un dégoût invisible" pour la cour et ses coutumes.

En mars a lieu à Combourg le partage de la succession. Selon la tradition, son frère, l'aîné, reçoit les deux tiers de l'héritage.

En septembre, il rejoint son régiment qui est stationné à Dieppe.

Il prend à la fin de l'année un congé pour retrouver ses sœurs à Fougères puis à Paris. Sa sœur Julie y tient salon. Il fait la connaissance de plusieurs écrivains, dont Chamfort, la Harpe et Parny. Il côtoie également quelques hommes politiques, parmi lesquels le ministre Malesherbes, dont son frère a épousé la petite-fille. Mais il goûte également aux joies de la solitude dans le "désert de la foule".

1788: François-René de Chateaubriand est réformé en mars.

1789: Chateaubriand s'essaie à la vie politique. En janvier, il participe aux Etats de Bretagne à Rennes où éclateront des violences: deux morts.

En juin, il est à Paris avec ses sœurs Julie et Lucile. Il assiste à la prise de la Bastille et voit passer sous ses fenêtres les têtes de plusieurs ministres et hommes politiques:

"Ces têtes... changèrent mes dispositions politiques; j'eus horreur des festins de cannibales et l'idée de quitter la France pour quelques pays lointains germa dans mon esprit."

1790: Il publie son premier texte intitulé, L'Amour de la Campagne dans l'Almanach des Muses. Ce texte est signé Chevalier de C***.

Encouragé par Malesherbes, il songe à voyager aux Etats-Unis. Son voyage aurait deux buts: l'un scientifique; trouver un passage au nord entre l'Atlantique et le Pacifique, l'autre poétique; écrire "l'Epopée de l'Homme dans la Nature".

Chrétien Guillaume de Lamoignon de Malesherbes (1721-1794)

1791: Après une visite à Combourg et deux mois de préparation à Saint-Malo, Chateaubriand s'embarque le 8 avril pour les Etats-Unis. Il arrive à Baltimore le 9 juillet. Il visite la côte est de Philadelphie jusque Boston, puis se rend à New York.

Le 8 août, lors de la visite de la région des grands lacs, il se casse le bras.

Lors de ce voyage, les rêves du jeune Chateaubriand sont déçus. Il décide de rentrer en France. Il revient avec de nombreuses notes qu'il utilisera notamment dans Atala, Natchez, Voyage en Amérique...

1792: Le bateau qui le ramène en France connaît une violente tempête. Il arrive au Havre le 2 janvier.

Il retrouve sa mère et ses sœurs à Saint-Malo qui ont prévu de le marier avec Céleste Buisson de la Vigne, une amie de Lucile. La messe de mariage a lieu le 19 mars. En mai, le couple s'installe à Paris avec Julie et Lucile.

Portrait de madame de Chateaubriand par Mlle Lorimier en 1854

"Je ne sais s'il a jamais existé une intelligence plus fine que celle de ma femme: elle devine la pensée et la parole à naître sur le front ou sur les lèvres de la personne avec qui elle cause: la tromper en rien est impossible. D'un esprit original et cultivé, écrivant de la manière la plus piquante, racontant à merveille, madame de Chateaubriand m'admire sans avoir lu deux lignes de mes ouvrages; elle craindrait d'y rencontrer des idées qui ne sont pas les siennes, ou de découvrir qu'on n'a pas assez d'enthousiasme pour ce que je vaux. (-) Madame de Chateaubriand est meilleure que moi, bien que d'un commerce moins facile."

Chateaubriand prend conscience de la radicalisation de la révolution et décide le 15 juillet de quitter Paris. Il rejoint comme simple soldat l'armée des Princes mais il est blessé au siège de Thionville. Il reste quatre mois entre la vie et la mort. En cours de rétablissement, il rejoint Bruxelles, puis il s'embarque pour l'Ile de Jersey, où il retrouve son oncle maternel.

1793: Il se réfugie en Angleterre et arrive à Londres le 21 mai. Il restera sept ans en exil et va connaître l'existence du "paria infortuné. Il vit pauvrement et réalise quelques traductions alimentaires. Il habite dans un grenier de Holborn:

        La hutte du berger, lithographie de leguay

"Cinq jours s'écoulèrent de la sorte. La faim me dévorait; j'étais brûlant, le sommeil m'avait fui; je suçais des morceaux de linge que je trempais dans de l'eau; je mâchais de l'herbe et du papier. Quand je passais devant des boutiques de boulanger, mon tourment était horrible. Par une rude soirée d'hiver, je restais deux heures planté devant un magasin de fruits secs et de viandes fumées, avalant des yeux tout ce que je voyais; j'aurais mangé, non seulement les comestibles, mais leurs boîtes, paniers et corbeilles. Mes fonds s'épuisaient. (-) Hingant voyait aussi s'amoindrir son trésor; entre nous deux, nous ne possédions que soixante francs. Nous diminuâmes la ration de vivres, comme sur un vaisseau lorsque la traversée se prolonge. (-) Le matin, à notre thé, nous retranchâmes la moitié du pain, et nous supprimâmes le beurre. Ces abstinences fatiguaient les nerfs de mon ami. (-) L'inquiétude qu'il me causait m'empêchait de sentir mes souffrances. Elles étaient grandes pourtant: cette diète rigoureuse, jointe au travail, échauffait ma poitrine malade; je commençais à avoir de la peine à marcher, et néanmoins, je passais les jours et une partie des nuits dehors, afin qu'on ne s'aperçût pas de ma détresse. Arrivés à notre dernier shilling, je convins avec mon ami de le garder pour faire semblant de déjeuner. Nous arrangeâmes que nous achèterions un pain de deux sous; que nous ne mangerions pas le pain, mais que nous boirions l'eau chaude avec quelques petites miettes de sucre restées au fond du sucrier."

Toujours souffrant, suite à sa blessure de Thionville, il commence à écrire sa première œuvre "l'essai historique sur les révolutions".

1794-1795: Après ce dur hiver, il accepte au printemps de 1794 un emploi de professeur de français dans deux écoles de la petite ville de Beccles, dans le Suffolk. Il y donne des leçons de français aux jeunes filles des gentlemen et des notables des environs dont Charlotte Ives, fille du pasteur de Bungay. Il y reçoit de douloureuses nouvelles de France: l'exécution de son frère le 22 avril 1794 et l'emprisonnement de sa mère, de son épouse et de ses sœurs Julie et Lucile.

1796: Soigné chez le Révérend après une chute de cheval, il eut l'imprudence de se laisser aimer par sa fille Charlotte et de s'éprendre d'elle. L'idylle prit brutalement fin lorsque madame Ives lui proposa de devenir son gendre. "Je suis marié", avoua-t-il, et il s'enfuit à Londres en juin où, là, il met la dernière main à l'Essai sur les révolutions.

18 mars 1797: Publication de l'essai historique sur les révolutions. Cet essai d'un exilé n'est pas le plaidoyer pour l'ancien régime que les royalistes attendaient mais il permet à Chateaubriand de vivre plus décemment. "Qu'ai-je prétendu prouver dans l'Essai? Qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil, et qu'on retrouve dans les révolutions anciennes et modernes les personnages et les principaux traits de la Révolution Française."

1798: Il reçoit le soutien réconfortant de Fontanes "premier ami que j'aie compté dans ma vie". Mort de sa mère le 31 mai.

1799: Mort de Julie, sa sœur, le 26 juillet. Les morts successives de sa mère et de sa sœur le rapprochent de la religion: "Je pleurais et je crus." Pour répondre au poème satirique de Parny d'inspiration antichrétienne, La Guerre des Dieux, il se lance dans la rédaction du Génie du Christianisme avec "l'ardeur d'un fils qui bâtit un mausolée à sa mère".

Alors que Bonaparte arrive au pouvoir grâce au coup d'état du 18 brumaire (9 novembre1799), Chateaubriand prépare son retour.

1800: Chateaubriand arrive à Calais le 6 mai sous le pseudonyme Lassagne: "j'abordais la France avec le siècle". Il découvre un pays ravagé:

"On eût dit que le feu avait passé dans les villages; ils étaient misérables et à moitié démolis : partout de la boue ou de la poussière, du fumier et des décombres.

A droite et à gauche du chemin, se montraient des châteaux abattus; de leurs futaies rasées, il ne restait que quelques troncs équarris, sur lesquels jouaient des enfants. On voyait des murs d'enclos ébréchés, des églises abandonnées, dont les morts avaient été chassés, des clochers sans cloche, des cimetières sans croix, des saints sans tête et lapidés dans leur niche. Sur les murailles étaient barbouillées ces inscriptions républicaines déjà vieillies: Liberté, Egalité, Fraternité ou la Mort. Quelquefois on avait essayé d'effacer le mot Mort, mais les lettres noires ou rouges reparaissaient sous une couche de chaux. Cette nation, qui semblait au moment de se dissoudre, recommençait un monde, comme ces peuples sortant de la nuit de la barbarie et de la destruction au Moyen Age."

                  Fontanes (1757-1821)

Arrivé à Paris, il débute une carrière d'homme public. Grâce à son ami Fontanes, il parvient à approcher l'entourage de Bonaparte. C'est ainsi qu'il est présenté à Elisa Bacciochi, la sœur de Bonaparte, et à Lucien, son frère. Il continue à travailler au Génie du Christianisme.

"Si quelque chose au monde devait être antipathique à M. de Fontanes, c'était ma manière d'écrire. En moi commençait, avec l'école dite romantique, une révolution dans la littérature française: toutefois, mon ami, au lieu de se révolter contre ma barbarie, se passionna pour elle. Je voyais bien de l'ébahissement sur son visage quand je lui lisais des fragments des Natchez, d'Atala, de René; il ne pouvait ramener ces productions aux règles communes de la critique, mais il sentait qu'il entrait dans un monde nouveau; il voyait une nature nouvelle; il comprenait une langue qu'il ne parlait pas."

1801: Il rencontre Pauline de Beaumont.

Publication, le 1er avril, d'Atala: "c'est de la publication d'Atala que date le bruit que j'ai fait dans ce monde (-) Atala devint si populaire qu'elle alla grossir, avec La Brinvilliers, la collection de Curtius. Les auberges de rouliers étaient ornées de gravures rouges, vertes et bleues, représentant Chactas, le Père Aubry et la fille de Simagham. Dans des boîtes de bois, sur les quais, on montrait mes personnages en cire, comme on montre des images de Vierge et de saints à la foire. Je vis sur un théâtre du boulevard ma sauvagesse coiffée de plumes de coq, qui parlait de l'âme de la solitude à un sauvage de son espèce, de manière à me faire suer de confusion. On représentait aux Variétés une pièce dans laquelle une jeune fille et un jeune garçon, sortant de leur pension, s'en allaient par le coche se marier dans leur petite ville; comme en débarquant ils ne parlaient, d'un air égaré, que crocodiles, cigognes et forêts, leurs parents croyaient qu'ils étaient devenus fous. Parodies, caricatures, moqueries m'accablaient. L'Abbé Morellet, pour me confondre, fit asseoir sa servante sur ses genoux et ne put tenir les pieds de la jeune vierge dans ses mains, comme Chactas tenait les pieds d'Atala pendant l'orage: si le Chactas de la rue d'Anjou s'était fait peindre ainsi, je lui aurais pardonné sa critique."

Pauline de Beaumont (1768-1803), portrait par Mme Vigée-Lebrun
Il séjourne de mai à novembre à Savigny sur Orge  pour achever le Génie du Christianisme, en compagnie de Pauline de Beaumont déjà malade:

"Son visage était amaigri et pâle; ses yeux, coupés en amande, auraient peut-être jeté trop d'éclat, si une suavité extraordinaire n'eût éteint à demi ses regards en les faisant briller languissamment, comme un rayon de lumière s'adoucit en traversant le cristal de l'eau. Son caractère avait une sorte de raideur et d'impatience qui tenait à la force de ses sentiments et au mal intérieur qu'elle éprouvait. Ame élevée, courage grand, elle était née pour le monde d'où son esprit s'était retiré par choix et malheur; mais quand une voix amie appelait au dehors cette intelligence solitaire, elle venait et vous disait quelques paroles du ciel."

14 avril 1802: un vendredi Saint, publication du Génie du Christianisme. L'ouvrage comprend également Atala et René. Dédié au Premier Consul, le Génie remit de manière éclatante le Moyen Age à la mode:

"Les forêts ont été les premiers temples de la Divinité, et les hommes ont pris dans les forêts la première idée de l'architecture. Cet art a donc dû varier selon les climats. Les Grecs ont tourné l'élégante colonne corinthienne, avec son chapiteau de feuilles, sur le modèle du palmier. Les énormes piliers du vieux style égyptien représentent le sycomore, le figuier oriental, le bananier, et la plupart des arbres gigantesques de l'Afrique et de l'Asie.

Les forêts des Gaules ont passé à leur tour dans les temples de nos pères, et nos bois de chênes ont ainsi maintenu leur origine sacrée. Ces voûtes ciselées en feuillages, ces jambages qui appuient les murs, et finissent brusquement comme des troncs brisés, la fraîcheur des voûtes, les ténèbres du sanctuaire, les ailes obscures, les passages secrets, les portes abaissées, tout retrace les labyrinthes des bois dans l'église gothique; tout en fait sentir la religieuse horreur, les mystères et la Divinité."

Cardinal Fesch

1803: Début de sa carrière diplomatique et politique; en mai, il est nommé premier secrétaire d'ambassade à Rome auprès du cardinal Fesch, oncle de Bonaparte. Pauline de Beaumont, très malade qui est venue le rejoindre en octobre, meurt de la phtisie le 4 Novembre.

1804: En janvier, il séjourne à Naples  puis rentre à Paris en février car il est rappelé pour occuper un nouveau poste de ministre de France dans le Valais Suisse. Le 21 mars, il est révolté par l'exécution du duc d'Enghien sur ordre de Bonaparte qui craignait une offensive royaliste organisée par le duc.

En avril, Chateaubriand emménage avec son épouse, Céleste, à Paris. Il reprend une "vie privée" et se remet à l'écriture. Il commence la rédaction des Martyrs.

Le 10 Novembre, mort de sa sœur Lucile, probablement un suicide.

1805: En juillet Chateaubriand fait la connaissance de Natalie de Noailles. En Août il retrouve son épouse, Céleste, en cure à Vichy. Le couple voyage en Auvergne. Le 21 Août, il rend visite à Madame de Staël, exilée à Coppet.

Portrait de Chateaubriand par Girodet daté de 1811

1806: Voyage de 11 mois en Orient. Céleste son épouse ne l'accompagne que jusque Venise. Le 4 Octobre, il est fait chevalier de l'ordre du Saint-Sépulcre à Jérusalem. Il profite de ce long voyage religieux pour chercher des "images" qui lui serviront pour son livre "Les Martyrs" qu'il a commencé à rédiger en 1804.

1807: Natalie de Noailles le rejoint à Cordoue le 10 Avril. Chateaubriand rentre à Paris le 5 juin.

Le 7 juillet, il publie un violent réquisitoire contre Napoléon alors à l'apogée de sa gloire:

"Lorsque, dans le silence de l'abjection, l'on n'entend plus retentir que la chaîne de l'esclave et la voie du délateur; lorsque tout tremble devant le tyran, et qu'il est aussi dangereux d'encourir sa faveur que de mériter sa disgrâce, l'historien paraît, chargé de la vengeance des peuples. C'est en vain que Néron prospère, Tacite est déjà né dans l'Empire."

 Suite à la publication de ce pamphlet, Chateaubriand est prié de s'éloigner de Paris. Il achète une résidence, la Vallée aux loups à Chatenay-Malabry:

 La Vallée-aux-Loups, aquarelle datant du 28 juillet 1817

"Vers la fin de novembre, voyant que les réparations de ma chaumière n'avançaient pas, je pris le parti de les aller surveiller. Nous arrivâmes le soir à la Vallée. Nous ne suivîmes pas la route ordinaire; nous entrâmes par la grille en bas du jardin. La terre des allées, détrempée par la pluie, empêchait les chevaux d'avancer ; la voiture versa. Le buste en plâtre d'Homère, placé auprès de madame de Chateaubriand, sauta par la portière et se cassa le cou: mauvais augure pour Les Martyrs, dont je m'occupais alors (-)

Le terrain inégal et sablonneux dépendant de cette maison, n'était qu'un verger sauvage au bout duquel se trouvaient une ravine et un taillis de châtaigniers. Cet étroit espace me parut propre à renfermer mes longues espérances; spatio brevi spem longam reseces. Les arbres que j'y ai plantés prospèrent, ils sont encore si petits que je leur donne de l'ombre quand je me place entre eux et le soleil. Un jour, en me rendant cette ombre, ils protégeront mes vieux ans comme j'ai protégé leur jeunesse. Je les ai choisis autant que je l'ai pu des divers climats où j'ai erré; ils rappellent mes voyages et nourrissent au fond de mon cœur d'autres illusions. Mes pins, mes sapins, mes mélèzes, mes cèdres tenant jamais ce qu'ils promettent, la Vallée-aux-Loups deviendra une véritable chartreuse. (-) Ce lieu me plaît; il a remplacé pour moi les champs paternels; je l'ai payé du produit de mes rêves et de mes veilles; c'est au grand désert d'Atala que je dois le petit désert d'Aulnay; et pour me créer ce refuge, je n'ai pas, comme le colon américain, dépouillé l'Indien des Florides. Je suis attaché à mes arbres; je leur ai adressé des élégies, des sonnets, des odes. Il n'y a pas un seul d'entre eux que je n'aie soigné de mes propres mains, que je n'aie délivré du ver attaché à sa racine, de la chenille collée à sa feuille. Je les connais tous par leurs noms, comme mes enfants: c'est ma famille, je n'en ai pas d'autre, j'espère mourir au milieu d'elle."

Jacques Simon, le grand cèdre au fond du parc de la Vallée-aux-Loups

1809: Il commence à travailler à son projet biographique; Mémoires de ma vie. Elles sont les futures Mémoires d'Outre Tombe.

Le 27 mars, publication des Martyrs ou le triomphe de la religion Chrétienne: le récit du périple de Chateaubriand de l'Italie à l'Espagne, en passant par la Grèce, la Turquie, le Levant, et l'Afrique du Nord.

Le 31 mars, malgré son intervention, son cousin Armand de Chateaubriand accusé d'espionnage au profit de l'armée des princes est fusillé.

1810: Il travaille à l'Itinéraire de Paris à Jérusalem.

  

1811: "L'année 1811 fut une des plus remarquables de ma carrière littéraire. Je publiai l'Itinéraire de Paris à Jérusalem, je remplaçai M. de Chénier à l'Institut (académie française), et je commençai d'écrire les Mémoires, que j'achève aujourd'hui."

Portrait de Chateaubriand sur fond de paysage montagneux, attribué à pierre-Narcisse Guérin (1774-1833)    

Elu à l'Académie le 20 février, Chateaubriand n'y fut pas reçu, son discours, un éloge de la liberté en politique, ayant indisposé Napoléon.

Il publie le 26 février l'Itinéraire, ouvrage qui parcourt le cimetière des civilisations et qui achève provisoirement la carrière littéraire de Chateaubriand. Le début de la rédaction des Mémoires est daté du 4 octobre.

1814: Il publie en avril "De Buonaparte, des Bourbons, et de la nécessité de se rallier à nos princes légitimes" qui lui ouvre la carrière d'homme d'Etat. Il condamne les guerres de l'Empire et flétrit la tyrannie du pouvoir impérial, puis rappelle aux Français la mission traditionnelle de leurs rois.

"Bonaparte, comme la race des princes, n'a voulu et n'a cherché que la puissance, en y arrivant toutefois à travers la liberté (-) On se demande par quel prestige Bonaparte, si aristocrate, si ennemi du peuple, a pu arriver à la popularité dont il jouit: car ce forgeur de joug est très certainement resté populaire chez une nation dont la prétention a été d'élever des autels à l'indépendance et à l'égalité; voici le mot de l’énigme:

Une expérience journalière fait reconnaître que les Français vont instinctivement au pouvoir; ils n'aiment point la liberté; l'égalité seule est leur idole. Or, l'égalité et le despotisme ont des liaisons secrètes. Sous ces deux rapports, Napoléon avait sa source au cœur des Français, militairement inclinés vers la puissance, démocratiquement amoureux du niveau. (-) Les miracles de ses armes ont ensorcelé la jeunesse, en nous apprenant à adorer la force brutale. (-)

La mode est aujourd'hui d'accueillir la liberté d'un rire sardonique, de la regarder comme vieillerie tombée en désuétude avec l'honneur. Je ne suis point à la mode, je pense que sans la liberté il n'y a rien dans le monde; elle donne du prix à la vie: dussé-je rester le dernier à la défendre, je ne cesserai de proclamer ses droits. Attaquer Napoléon au nom des choses passées, l'assaillir avec des idées mortes, c'est lui préparer de nouveaux triomphes. On ne le peut combattre qu'avec quelque chose de plus grand que lui, la liberté: il s'est rendu coupable envers elle et par conséquent envers le genre humain."

Chateaubriand est à Compiègne, lorsque abdique Napoléon et qu'arrive Louis XVIII.

Pendant les Cent Jours, Louis XVIII, réfugié en Belgique, le nomme ministre de l'Intérieur; puis, après Waterloo, pair de France.

1815: Il doit subir l'hostilité "des rigides partisans de l'ancienne monarchie" qui le jugent trop libéral et parviennent à le mettre à l'écart. Il obtient toutefois une ambassade en Suède.

Septembre 1816: Chateaubriand déplaît au roi; il passe à l'opposition ultra-royaliste et fonde un journal, Le Conservateur, où brille son talent de polémiste.  Il essaie de publier "De La Monarchie selon la charte" un virulent pamphlet contre le ministre Decazes. Il y définit son idéal politique: le roi doit régner, mais non gouverner. Il répond à Louis XVIII qui veut "renouer la chaîne du temps" pour imposer l'ancien régime:

Portrait de Louis XVIII, par Robert Le Fèvre

"Les institutions de nos aïeux (-) sont sans doute à jamais regrettables; mais peut-on les faire revivre entièrement? Permettez donc (-) qu'on essaie de remplacer l'honneur du chevalier par la dignité de l'homme, et la noblesse de l'individu par la noblesse de l'espèce. En vain voudriez-vous revenir aux anciens jours: les nations comme les fleuves ne remontent point vers leurs sources. (-) Le temps change tout, et l'on ne peut pas plus se soustraire à ses lois qu'à ses ravages. (-) il faut, bon gré mal gré, se laisser aller au cours du temps.

(-) il faut, dans la vie, partir du point où l'on est arrivé. Un fait est un fait. Que le gouvernement détruit fût excellent ou mauvais, il est détruit; que l'on ait avancé, que l'on ait reculé, il est certain que les hommes ne sont plus dans la place où ils se trouvaient il y a cent ans (-).

Les ministres, les grands dignitaires, prêtèrent à l'envi serment à la légitimité; toutes les autorités civiles et judiciaires faisaient queue pour jurer haine à la nouvelle dynastie proscrite, amour à la race antique qu'elles avaient cent et cent fois condamnée. (-) Où se tripotait la Restauration? chez les royalistes? Non: chez M. de Talleyrand.(-)

 D'anciennes gravures de l’abbé de Périgord représentent un homme fort joli; M. de Talleyrand, en vieillissant, avait tourné à la tête de mort: ses yeux étaient ternes, de sorte qu'on avait peine à y lire, ce qui le servait bien; comme il avait reçu beaucoup de mépris, il s'en était imprégné, et il l'avait placé dans les deux coins pendants de sa bouche. (-) M. de Talleyrand a trahi tous les gouvernements, et, je le répète, il n'en a élevé ni renversé aucun. Il n'avait point de supériorité réelle. (-) Un fretin de prospérités banales. (-) Otez de M. de Talleyrand le grand seigneur avili, le prêtre marié, l'évêque dégradé, que lui reste-t-il? Sa réputation et ses succès ont tenu à ces trois dépravations.

     Chateaubriand, lithographie de Delpech

Je fis ma prière à l'entrée du caveau où j'avais vu descendre Louis XVI: plein de crainte sur l'avenir, je ne sais si j'ai jamais eu le cœur noyé d'une tristesse plus profonde et plus religieuse. Ensuite je me rendis chez Sa Majesté: introduit dans une des chambres qui précédaient celle du Roi, je ne trouvai personne; je m'assis dans un coin et j'attendis. Tout à coup une porte s'ouvre: entre silencieusement le vice appuyé sur le bras du crime, M. de Talleyrand marchant soutenu par M. Fouché. La vision infernale passe lentement devant moi, pénètre dans le cabinet du roi et disparaît. Fouché venait jurer foi et hommage à son seigneur; le féal régicide, à genoux, mit les mains qui firent tomber la tête de Louis XVI entre les mains du frère du roi martyr; l'évêque apostat fut caution du serment."

Son livre est saisi chez l'imprimeur. Il est rayé de la liste des Ministres d'Etat et contraint de vendre sa bibliothèque.

1817: Il retrouve Juliette Récamier qu'il a rencontrée en 1801.

1818: Il est contraint de vendre La Vallée aux loups.

"Je fus obligé de vendre mes livres: M. Merlin les exposa à la criée, à la salle Sylvestre, rue des Bons-Enfants. Je ne me gardai qu'un petit Homère grec, à la marge duquel se trouvaient des essais de traduction et des remarques écrites de ma main. Bientôt il me fallut tailler dans le vif; je demandai à M. le ministre de l'intérieur la permission de mettre en loterie ma maison de campagne: la loterie fut ouverte chez monsieur Denis, notaire. Il y avait quatre-vingt-dix billets à 1 000 francs chaque: les numéros ne furent point pris par les royalistes; madame la Duchesse d'Orléans, douairière, prit trois numéros; mon ami M. Lainé, ministre de l'intérieur, qui avait contre signé l'ordonnance du 5 septembre, et consenti dans le conseil à ma radiation, prit, sous un faux nom, un quatrième billet. L'argent fut rendu aux souscripteurs; toutefois M. Lainé refusa de retirer ses mille francs. Il les laissa au notaire pour les pauvres.

La Vallée-aux-Loups, gravure de Constant Bourgeois vers 1808

Peu de temps après, ma Vallée aux loups fut vendue, comme on vend les meubles des pauvres, sur la place du Châtelet. Je souffris beaucoup de cette vente; je m'étais attaché à mes arbres, plantés et grandis, pour ainsi dire, dans mes souvenirs. La mise à prix était de 50 000 francs; elle fut couverte par M. le vicomte de Montmorency, qui seul osa mettre une surenchère de cent francs: la Vallée lui resta. Il a depuis habité ma retraite: il n'est pas bon de se mêler à ma fortune: cet homme de vertu n'est plus."

1820: Lorsque le duc de Berry est assassiné, il publie des Mémoires sur la vie et sur la mort du duc de Berry et en rend responsable le ministre Decazes. Celui-ci est congédié et Chateaubriand entre en grâce.

              Buste en biscuit figurant le duc de Berry

1821: Il est ambassadeur à Berlin.

1822: Il est ambassadeur à Londres puis nommé ministre des Affaires Etrangères,  fonction qui marque le sommet de sa carrière politique. Il représente la France au Congrès de Vérone où il joue un rôle de premier plan.

1823: Liaison avec Cordélia de Castellane, ce qui provoque le départ de Mme Récamier pour l'Italie. Il entraîne son pays dans une guerre en Espagne, pour le rétablissement de Ferdinand VII sur le trône. Il réussit l'aventure espagnole avec la prise de Cadix.

1824: Il indispose de nouveau le roi et tombe en disgrâce. Il est alors démis de ses fonctions de ministre des affaires étrangères. Il passe alors à l'opposition libérale et mène campagne au Journal des Débats pour les libertés publiques.

1826: Publication des "Natchez" épopée en prose que Chateaubriand a composé jadis pendant l'exil à Londres: les aventures de René, de la jeune Indienne Céluta et du vieux sachem Chactas y sont contées  avec, comme fond de tableau, un soulèvement des Indiens d'Amérique contre leurs conquérants d'Europe.

Publication "du dernier Abencérage"; une transposition poétique et romanesque d'impressions de voyage. Chateaubriand conte une pathétique histoire d'héroïsme et d'amour qui se déroule à Grenade, au début du seizième siècle.

           

1827: Publication du "voyage en Amérique"; récit que l'explorateur du Nouveau Monde a entrepris dès 1791. Chateaubriand révèle la flore et les couleurs de ces contrées lointaines avec une grande richesse verbale.

        Charles X et Chateaubriand

1828: Il est nommé par Charles X, ambassadeur à Rome. Il a une liaison avec Hortense Allart, femme de lettres.

1829: Il démissionne lors de la constitution du ministère Polignac. Sa popularité devient considérable.

1830: Il est à Dieppe avec Mme de Récamier lorsque éclate la révolution de Juillet. Chateaubriand, idole de la jeunesse royaliste, proclame une dernière fois avec panache son intransigeance légitimiste et refuse de prêter serment à Louis-Philippe. Il refuse de composer avec l' "usurpateur" et donne sa démission de pair: L'aristocrate Chateaubriand est pourtant obligé d'admettre l'inéluctable avènement démocratique: "... Mais Juillet, s'il n'amène pas la destruction finale de la France avec l'anéantissement de toutes les libertés, Juillet portera son fruit naturel: ce fruit est la démocratie. Ce fruit est peut-être amer et sanglant; mais la monarchie est une greffe étrangère qui ne prendra pas sur une tige républicaine."

Buste de Juliette Récamier par Joncery

Il fréquente alors assidûment, à l'Abbaye-aux-Bois, le salon de Mme Récamier, où il trône et impose le  respect. Il continue aussi la rédaction de ses Mémoires d'Outre Tombe, déjà bien avancées et qui vont lui permettre "d'éterniser sa vie en destin."

1831: Publication "d'Etudes Historiques".

1832: Il révise la partie rédigée de ses Mémoires. Il se met au service de la duchesse de Berry qui a suscité, dans l'Ouest, un soulèvement légitimiste. Il est même poursuivi en Cour d'assises pour la publication d'un "mémoire" sur la captivité de cette princesse. Il est alors emprisonné pour "complot contre la sûreté de l'Etat" en application d'un mandat de dépôt d'un juge d'instruction de Paris.

1833: Il accomplit au nom de la duchesse de Berry, une mission auprès de Charles X alors réfugié à Prague.

1836: Publication d'un Essai sur "la Littérature anglaise".

1838: Publication du Congrès de Vérone.

1841: Il achève ses Mémoires par ces mots:

Chateaubriand en costume de pair de France,   
par Pierre-Louis Delaval, huile sur toile (1828)   

"Le vieil ordre européen expire; nos débats actuels paraîtront des luttes puériles aux yeux de la postérité. Il n'existe plus rien: autorité de l'expérience et de l'âge, naissance ou génie, talent ou vertu, tout est nié; quelques individus gravissent au sommet des ruines, se proclament géants et roulent en bas pygmées. (-) Des multitudes sans nom s'agitent sans savoir pourquoi, comme les associations populaires du Moyen Age: troupeaux affamés qui ne reconnaissent point de berger, qui courent de la plaine à la montagne et de la montagne à la plaine, dédaignant l'expérience des pâtres durcis au vent et au soleil.

A quelle époque la société disparaîtra-t-elle? quels accidents en pourront suspendre les mouvements? A Rome le règne de l'homme fut substitué au règne de la loi: on passa de le république à l'empire; notre révolution s'accomplit en sens contraire: on incline à passer de la royauté à la république ou, pour ne spécifier aucune forme, à la démocratie; cela ne s'effectuera pas sans difficulté.

(-) cependant, n'est-il pas à craindre que l'individu ne diminue? Nous pourrons être de laborieuses abeilles occupées en commun de notre miel. Dans le monde matériel les hommes s'associent pour le travail, une multitude arrive plus vite et par différentes routes à la chose qu'elle cherche; des masses d'individus élèveront les pyramides; en étudiant chacun de son côté, ces individus rencontreront des découvertes dans les sciences, exploreront tous les coins de la création physique. Mais dans le monde moral en est-il de la sorte? Mille cerveaux auront beau se coaliser, ils ne composeront jamais le chef d'œuvre qui sort de la tête d’un Homère.

Que l'homme est petit sur l'atome où il se meut! Mais qu'il est grand comme intelligence! Il sait quand le visage des astres se doit charger d'ombre, à quelle heure reviennent les comètes après des milliers d'années, lui qui ne vit qu'un instant! Insecte microscopique inaperçu dans un pli de la robe du ciel, les globes ne lui peuvent cacher un seul de leurs pas dans la profondeur des espaces. Ces astres, nouveaux pour nous, quelles destinées éclaireront-ils? La révélation de ces astres est-elle liée à quelque nouvelle phase de l'humanité? Vous le saurez, races à naître; je l'ignore et je me retire.

En traçant ces derniers mots, ce 16 novembre 1841, ma fenêtre, qui donne à l'ouest sur les jardins des Missions étrangères, est ouverte: il est six heures du matin; j'aperçois la lune pâle et élargie; elle s'abaisse sur la flèche des Invalides à peine révélée par le premier rayon doré de l'Orient: on dirait que l'ancien monde finit, et que le nouveau commence. Je vois les reflets d'une aurore dont je ne verrai pas se lever le soleil. Il ne me reste qu'à m'asseoir au bord de ma fosse; après quoi je descendrai hardiment, le crucifix à la main, dans l'éternité."

   Le rocher du Grand Bé avec la tombe de Chateaubriand,
        gouache sur papier , attribuée au fils d'Isabey (1866)

1844: Publication de La Vie de Rancé qui raconte les misères et les grandeurs du réformateur de la Trappe.

1847: Mort de son épouse, Céleste.

1848: Alors qu'il agonise, on lui apprend la chute de Louis-Philippe, "l'usurpateur". Il s'écrie: "c'est bien fait".

 

Il meurt le 4 juillet, à quatre-vingt ans. Ses obsèques solennelles ont lieu à Saint-Malo: il est inhumé sur le rocher du Grand Bé, face à l'océan qui l'a vu naître.

Son épitaphe est le suivant:

"Un grand écrivain français

a voulu reposer ici

pour n'entendre que la mer et le vent.

Passant,

respecte sa dernière volonté."

Un voeu non exhaussé!

En octobre, prépublication en feuilleton, dans la Presse, des mémoires d'Outre-tombe.

1849: Mort de Madame Récamier. Publication en volumes des Mémoires d'Outre-tombe de janvier 1849 à octobre 1850.

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La maison de Chateaubriand à la vallée aux loups: http://www.maison-de-chateaubriand.fr/

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