ALPHONSE DE CHATEAUBRIANT

"Alphonse de Chateaubriant (1877-1951) est un grand écrivain qui a fait de bien mauvais choix politiques"
Frédéric Fabre

1877: Naissance d' Alphonse de Brédenbec de Châteaubriant, dans une vieille famille de gentilshommes bretons. Après de brillantes études secondaires, l'aristocrate oisif entre en littérature à trente-quatre ans.

5 décembre 1911, son premier roman, «Monsieur des Lourdines», est édité chez Grasset. Il est couronné par le prix Goncourt. Ce neuvième prix nécessite sept tours de scrutin au café de Paris. Il s'agit d'un livre «à rendre en un mois son auteur célèbre dans le monde entier», écrit Romain Rolland à J.-R. Bloch dès février 1911. L'écrivain a toujours soutenu Châteaubriant, qui lui a d'ailleurs dédié «Monsieur des Lourdines». Alain Fournier salue le choix du jury qui se trouve être dans la droite ligne du prix précédent, «De Goupil à Margot» de Louis Pergaud, celle du roman régionaliste. Les ventes atteignent les 18.000 exemplaires dès la première année.

1914: Châteaubriant est mobilisé dans les ambulances et écrit des lettres déchirantes à sa femme et à son ami Romain Rolland. De ce traumatisme, l'écrivain ressort convaincu que la France doit s'allier à l'Allemagne pour éviter une nouvelle guerre.

1923: il reçoit le Grand Prix de l'Académie française pour «La Brière», l'un des plus forts tirages de l'entre-deux guerres avec 609.000 exemplaires vendus. Un livre qui a pour cadre la Vendée, à laquelle il est viscéralement attaché.

Germanophile et profasciste, Alphonse de Châteaubriant se laisse gagner aux doctrines nationales - socialistes d'Hitler. Il y mêle un mysticisme religieux qui éclate dans «La Réponse du Seigneur».

mai 1937, il publie « La Gerbe des forces» où il expose ses thèses en faveur de l'idéologie hitlérienne et démontre la compatibilité entre christianisme et nazisme.

13 août 1938: La rencontre d'Adolphe Hitler à Berchtesgaden finit de le convaincre qu'un nouveau Messie est arrivé. Il se proclame lui même fasciste et nazi.

1940: Nommé directeur du mouvement «Collaboration», il fonde un hebdomadaire littéraire et politique où il appelle à la collaboration avec les Allemands. Le premier exemplaire de «La Gerbe» paraît le 11 juillet 1940. Y collaborent Giono, Morand, Cocteau, Marcel Aymé, Guitry. La revue opte pour une Europe aryanisée et débarrassée du bolchevisme autour de Jacques Doriot et Marcel Déat.

Le 24 octobre 1940: Il est présent au coté du maréchal Pétain lors de la rencontre à Montoire sur loir avec Hitler. Le principe de la collaboration y est décidée.

Le 30 janvier 1941: Il exalte dans la gerbe "la beauté morale de la capitulation" et demande aux français de collaborer sans réserve puisque les allemands offrent aux français "d'être libre avec eux et libérateurs face aux dominations et aux esclaves". En remerciement, Goebbels invite les écrivains collaborateurs de la Gerbe en grandes pompes à Nuremberg. 

Le 17 août 1944 est imprimé le dernier numéro de «La Gerbe» alors que son directeur de publication s'est déjà réfugié en Allemagne. A la libération, son nom apparaît sur la liste des auteurs jugés indésirables par le Comité national des écrivains.

1945: Alphonse de Châteaubriant est toujours réfugié en Allemagne, puis passe en Autriche, à Kitzbühel, sous le nom d'emprunt de Dr Alfred Wolf.

Le 25 octobre 1945: la sixième section de la Cour de justice de la Seine condamne Châteaubriant à mort par contumace et le frappe d'indignité nationale à vie. Un mandat d'arrêt est alors lancé contre lui avec ordre de le conduire au fort de Charenton.

 1951 Il meurt dans sa retraite autrichienne, un monastère du Tyrol.

 Ses œuvres sont ensuite entrées au purgatoire littéraire. Représentatives des canons d'une époque, elles ont été marquées du sceau d'infamie, même si la plupart ne portent aucune trace d'engagement ou de propagande.

Alphonse de Chateaubriand (1877-1951) ici le premier à gauche de la photo, avec Marcel Déat

NOTE DE FREDERIC FABRE

L'essentiel de cette biographie vient de la communication faite par Noëlle Benhamou (IUT de l'Oise, Université de Picardie) au colloque sur le centenaire du Goncourt à Dumfries, en Ecosse, en mars 2003 ainsi que du livre de J.Debû Bridel "la résistance intellectuelle" publié aux éditions Juilliard le 21 septembre 1970.

ENVOI DE CHATEAUBRIANT DU 15 NOVEMBRE 1918 SOIT 3 JOURS AVANT L'ARMISTICE SUR UN EXEMPLAIRE DE MONSIEUR DES LOURDINES

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