LOUIS PERGAUD

"Louis Pergaud (1882-1915) inspiré et soutenu par sa femme Delphine a eu le temps de publier une œuvre
du terroir universellement connue, avant de mourir dans les tranchées de la guerre de 1914-1918 "
Frédéric Fabre

Le 22 janvier 1882, Louis Pergaud naît à Belmont près de Besançon en Franche-Comté. Son père, Élie Pergaud y est instituteur paroissien depuis 1877. Le 29 novembre 1879, il avait épousé Noémie Collette une fille de fermiers de la commune de Belmont.

Louis est le second des trois fils, Pierre Pergaud est né le 9 août 1880 mais il est mort dès le 5 octobre 1880.

1883 : le 18 octobre, un autre fils, Lucien Amédée naît. Il deviendra chef de bureau à l’Hôtel-de-Ville de Besançon avant de mourir en 1973. La famille est heureuse avec deux garçons solides, une mère pleine d'affection et un père instituteur qui leur donne le goût de la nature.

1889 : Son père rejeté par la population de Belmont, est muté à l'école à Nans-sous-Sainte-Anne. La République est encore contestée, l'école publique mal acceptée, l'instituteur suspect d'un "délit d'opinion" subit une intrigue locale pour aboutir à une simple décision administrative.

Le père se fait quelques amis avec lesquels il passe ses loisirs à la chasse. La mère se lie à la receveuse des postes, Madame Chatot, dont le fils, Eugène, devient le meilleur camarade de Louis. Avec lui et d’autres, il s’initie aux combats joyeux et endiablés nés des rencontres avec les enfants de Montmahoux, le village voisin. Dans un combat contre "les Montmahoux", il est pris, déculotté et fessé. Ce Souvenir cuisant est restitué dans "La Guerre des Boutons".

Une jeune fille tombe accidentellement dans un ancien gouffre sur le territoire de la commune appelé le Creux-Billard et se trouve entraînée par le tourbillon. Elie Pergaud organise les secours. Malheureusement, son cadavre n'est retrouvé que plusieurs semaines après au lieu dit la résurgence à une grande distance de l'ancien gouffre. Une croix a été plantée sur un des gros blocs rocheux qui dominent la vasque pour commémorer ce tragique accident. Cette fille n'est autre que la fille du philosophe Lacheleier, Inspecteur général de l'enseignement. Il remercie Elie Pergaud pour le déploiement de ses vains efforts en lui permettant de rentrer dans sa région d'origine.

1891 : Le 5 février, Elie Pergaud est nommé à Guyans-Vennes. Dans leur nouvelle demeure, les Pergaud accueillent la grand-mère paternelle, handicapée par son rhumatisme. Louis a 9 ans. Son père emmène ses enfants dans ses courses à travers prés et bois où ils apprennent l'art de la chasse.

1894 : Louis Pergaud passe son certificat d’études à Orchamps-Vennes. Il est reçu premier sur 85 candidats. Le jury le félicite.

1897 : Le 28 avril, le Préfet sanctionne à nouveau, Elie Pergaud et le déplace à Fallerans, pauvre village dont l’école jouxte la fromagerie.

1898 : En juillet, Louis Pergaud est reçu premier au concours de l'entrée à l'Ecole Normale.

1899 : Son père Élie Pergaud, tombe malade.

1900 : Son père, meurt le 20 février et sa mère Noémie Collette, le 21 mars à Fallerans. Durant les vacances, Louis accepte une invitation d’un ami normalien, Chenevez qui habite à Levier. Ils se rendent tous deux, à Nans-sous-Sainte-Anne, pour aller saluer des amis de son père, les Philibert, qui possèdent une taillanderie, ainsi que son ami Chatot. Celui-ci lui révèle l’existence du poète Léon Deubel. La poésie mélancolique de ce Belfortain épouse parfaitement l’état d’esprit du jeune homme désemparé par la mort de ses parents.

1901 : En juillet, il sort de l'Ecole Normale, troisième de sa promotion. En octobre, il est nommé enseignant à Durnes pour son premier poste.

1902 : Il fait son service national et devant l'absurdité des méthodes de l'armée de l'époque, il devient anti- militariste.

1903 : Il épouse Marthe Caffot institutrice à La Barèche, un village voisin de Durnes.

1904 : En avril, avec l'aide de Léon Deubel, il fait paraître son premier recueil de poésies, L’Aube.

Le 16 août, naît Gisèle, qui décède 3 mois plus tard. Son mariage n'est pas heureux. Sa fragilité morale lui fait envisager le suicide. Les relations avec la population locale se détériorent durant le débat sur la séparation de l'Église et de l'État. Comme son père, il doit abandonner son poste.

1905 : La rentrée de septembre le conduit avec sa femme à Landresse. L'arrivée au village d'un instituteur réputé socialiste et anticlérical suscite des protestations des populations locales ulcérées. Le refus de Pergaud d'assister à la messe et d'enseigner la doctrine catholique ont pour effet d'aggraver les tensions.

1906 : Jules Duboz, un cordonnier-cafetier, jovial, malicieux, d’une grande intelligence, sympathise avec le jeune instituteur triste et apparemment désemparé. La maison du conteur "Papa Duboz" devient pour lui un havre de paix pour se ressourcer. Parmi les enfants Duboz, Delphine une jeune fille de 23 ans douce, calme, simple, compréhensive, admirative, possède toutes les qualités pour séduire Louis Pergaud.

1907 : En août, il abandonne sa femme et se rend à Paris sur l'invitation de Léon Deubel. Ils vivent tous deux dans une chambre sordide, Louis Pergaud travaille à la Compagnie des Eaux. En septembre, il demande à Léon Bocquet, directeur du "Beffroi", le moyen de publier son deuxième recueil de poésies.

1908 : Au printemps, il publie "L’Herbe d’Avril". Ce deuxième recueil l'introduit dans le milieux littéraire. Marthe Caffot et lui divorcent. Le divorce est prononcé aux torts de l'écrivain qui a quitté le domicile conjugal mais permet à Delphine Duboz de venir vivre avec lui à Paris. Le couple s'installe rue de l’Estrapade avec Deubel. Le style bohème du poète gêne le nouveau couple. Delphine fait comprendre à Léon Deubel qu'il doit partir.

1909 : Il redevient enseignant pour consacrer tout le temps qu'il peut à l'écriture. Encouragé par Delphine, Pergaud, puise aux souvenirs de sa terre natale, la Franche-Comté, pour composer la quasi-totalité de ses œuvres. La prose de Pergaud est souvent assimilée soit au mouvement réaliste, soit au mouvement naturaliste.

1910 : En juillet, il épouse Delphine Duboz. Sa première publication en prose parait dans le Mercure de France, le recueil de ces nouvelles s'intitule De Goupil à Margot.

Le 8 décembre, son livre obtient le prix Goncourt au troisième tour contre Guillaume Apollinaire pour L’Hérésiarque et Cie, Colette pour La Vagabonde, Marguerite Audoux pour Marie-Claire et Gaston Roupnel pour Nono. La nouvelle surprend Louis Pergaud dans la Cour de son école de Maison Alfort, au milieu de ses élèves.

Les 5000 francs du prix lui permettent de louer un appartement plus vaste et d’enrichir son mobilier. Son nom est inscrit dans la littérature puisque les lecteurs confirment le choix des Goncourt. Si les critiques ne sont pas toutes flatteuses, son bestiaire touche le public.

1911 : Il publie son deuxième recueil de nouvelles sur le thème des animaux, La Revanche du corbeau qui a un succès moindre.

1912 : Il écrit La Guerre des boutons, roman de ma douzième année pour conter les rivalités belliqueuses entre garçons de deux villages voisins à chaque rentrée scolaire. En plus des coups et des injures, les «vaincus» se voient confisquer leurs boutons en guise de trophées, avant d'être renvoyés chez eux. Le roman commence avec humour et innocence, mais devient de plus en plus sinistre au fur et à mesure que la frontière entre jeu et réalité est brouillée.

Ce roman inspirera en 1954, un classique de la littérature anglo-saxonne Sa Majesté des mouches (Lord of the Flies) de William Golding qui montre la fragilité de la civilisation en décrivant le parcours régressif d'enfants livrés à eux-mêmes. Stephen King fera l'apologie de ce roman en lui offrant le cadre positif des sixties où tout était possible, dans Cœurs Perdus en Atlantide publié en 1999 aux USA et en 2001 chez Albin Michel, pour la traduction française.

Dans la Guerre des Boutons, plusieurs thèmes relèvent de la vie sociopolitique de la Troisième République Française comme le conflit entre l'Église et le mouvement anticlérical, l'esprit revanchard et l'instruction civique selon Jules Ferry.

1913 : Il publie un chef d'œuvre, "Le Roman de Miraut, chien de chasse". Louis Pergaud a affûté son style et trouvé son rythme. La présence de Delphine équilibre et rassure l'écrivain qui peut trouver la maîtrise totale de son talent. Il en est pleinement conscient, puisqu’il écrit : "Si je dois passer à la postérité un jour, je veux [...] que nos deux noms soient unis dans la gloire comme nos deux cœurs l’auront été dans la vie".

Malheureusement Léon Deubel s’est jeté dans la Marne. Pergaud se consacre alors à défendre la mémoire de son ami. En vacances à Landresse, il met au point un recueil, choix de poèmes de Deubel, sous le titre "Régner".

1914 : Il écrit un ensemble de nouvelles villageoises où sont croqués les paysans de son terroir. Toute la vie franc-comtoise, dans ses aspects les plus plus cocasses, est évoquée humoristiquement. Les personnages sont vrais, ni enjolivés, ni enlaidis, à peine transposés. Ils évoluent dans une atmosphère et des paysages qui sont ceux de Landresse d’avant 1914. Ces contes sont remis à monsieur Valette, directeur du "Mercure de France", durant l’été. Ils doivent être publiés sous le titre "Les Rustiques".

En août, Louis Pergaud est mobilisé dans l'armée française comme sous-lieutenant au 166e régiment d'infanterie cantonné à Verdun. Il sert en Lorraine sur le front Ouest, pendant l'invasion allemande.

1915 : Le 7 avril, son régiment lance une attaque contre les lignes allemandes. Piégé dans les barbelés, le sous lieutenant Louis Pergaud est blessé par balles. À la fin de l'offensive, l'écrivain comtois ne se trouve pas parmi les rescapés. Il semblerait que plusieurs heures plus tard, les soldats allemands soient venus à son secours, et l'auraient emmené avec quelques-uns de ses camarades dans un hôpital provisoire.

Le 8 avril, le bâtiment qui sert d'hôpital à Fresnes-en-Woëvre, est détruit par un tir de barrage de l'armée française. Louis Pergaud, comme de nombreux français, sont alors tués. Son corps n'a jamais été retrouvé.

Le 4 août 1921, Louis Pergaud est déclaré «Mort pour la France». Ce jugement fera l'objet de deux transcriptions, les 3 et 5 septembre 1921, car la première transcription comporte une erreur sur le prénom : Émile Louis au lieu de Louis Émile.

1936 : Jacques Daroy reprend la Guerre des Boutons pour réaliser  le film français La Guerre des gosses avec Saturnin Fabre, Jean Murat, Mouloudji alors âgé de 13 ans lors du tournage et Charles Aznavour qui n'avait alors que 11 ans.

1961 : Yves Robert réalise La Guerre des Boutons avec André Treton, Jacques Dufilho, Jean Richard et Michel Galabru. Ce film obtient le prix Jean Vigo en 1962.

1994 : John Roberts réalise un film irlandais avec Gregg Fitzgerald, The War of the Buttons.

2011 : Le 14 septembre, Yann Samuell réalise et sort La Guerre des Boutons.

Le 21 septembre, Christophe Barratier réalise et sort La Guerre des Boutons.

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LIENS EXTERNES

Les amis de Louis Pergaud : http://pergaudlouis.free.fr/

«VIVE NOUS !»: LES FONDEMENTS NATIONALISTES DE LA GUERRE DES BOUTONS

Le lycée Louis Pergaud à Besançon :  http://artic.ac-besancon.fr/lycee_louis_pergaud/

 

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