BIOGRAPHIE DE MONTESQUIEU

"Montesquieu (1689-1755) est l'un des pères du libéralisme classique et des droits de l'homme"
Frédéric Fabre

Le 18 janvier 1689 soit un siècle avant la révolution française, Charles-Louis de Secondat, baron de Montesquieu naît au château de la Brède. Fils de Jacques de Secondat de Montesquieu (1654-1713) et de Marie-Françoise de Pesnel, baronne de la Brède (1665-1696), il est issu d'une grande famille de parlementaires bordelais. La tante de LATAPIE, l’homme d’affaires de son père Jacques, écrit sur son livre de messe :
«Ce jourd’hui 18 janvier 1689, a été baptisé dans notre Eglise paroissiale, le fils de M. de Secondat, notre seigneur. Il a été tenu sur les fonds par un pauvre mendiant de cette paroisse, nommé Charles, à telle fin que son parrain lui rappelle toute sa vie que les pauvres sont nos frères. Que le Bon Dieu nous conserve cet enfant.»

La famille de Montesquieu était de bonne noblesse, d’épée et de robe qui se distinguaient par leur honnêteté et leur amour du bien public. Elle avait adopté la Réforme en son temps et l’avait abjurée avec Henri IV. Jacques de Secondat, second fils du baron de Montesquieu  président à mortier au parlement de Guyenne, épousa en 1686 Marie-Françoise de Pesnel qui lui apporta la terre et le château de La Brède situés près de Bordeaux. Dans la famille depuis le XIème siècle les terres de la Brède furent érigées en Baronnie par Henri IV par lettres patentes en Février 1606.

1689- 1692: Comme la plupart des enfants de la noblesse, il est confié, dès sa naissance, à une nourrice habitant le moulin du Bourg. Jusqu’à l’âge de 3 ans, il vit comme un petit paysan et parle le gascon.

1693: Il retourne au château de La Brède pour y être élevé jusqu'à l'âge de onze ans.

1896: Mort de sa mère.

1700- 1705: A 11ans, son père l’inscrit au Collège de Juilly près de Paris pour faire ses humanités, chez les Oratoriens dont l’enseignement très moderne est dispensé en français et axé sur l’histoire et les langues vivantes. Au sortir du collège, il se consacre au droit à Bordeaux.

1708: Il obtient sa licence de droit et devient avocat au parlement de Bordeaux. Il se rend à Paris et fréquente les milieux savants et lettrés pour compléter ses connaissances « juridiques».

1711: Publication de "La damnation éternelle des païens" dans laquelle il montre que les philosophes de l’Antiquité n’ont pas mérité l’enfer.

1713: Mort de son père le 15 novembre, il hérite des nombreuses propriétés des Secondat et du château de la Brède avec ses riches vignobles. Toute sa vie, Montesquieu restera fidèle à ses racines de propriétaire terrien.

1714: Charles-Louis de La Brède est reçu au parlement de Bordeaux avec le titre de conseiller.

1715: Montesquieu épouse la protestante d’origine calviniste Jeanne de Lartigue qui lui apporte en dot d’immenses domaines viticoles en Graves, en Entre-Deux-Mers et dans l’Agenais. Que ce choix ait été un défi à l’absolutisme catholique ou qu’il ait exprimé seulement son dédain à l’endroit des ostracismes, le fait est que ce mariage protestant et la fréquentation de la belle-famille réformée ont entretenu chez Montesquieu l’esprit de contestation à l’encontre des pouvoirs politico-religieux tels que l’Ancien-Régime les avait formés et verrouillés.

Grand travailleur et gestionnaire, il se consacre à l’exploitation de ses domaines plus particulièrement de ses propriétés viticoles. Il écrira d’ailleurs «Je ne sais si mes vins doivent leur réputation à mes livres ou mes livres à mes vins». Très attaché à ses terres, il demeure au château au moment des vendanges et arpente la propriété avec son régisseur. Il reçoit régulièrement ses amis étrangers au château. L’image de Montesquieu vigneron permet de situer sa doctrine économique et sa pensée politique, sachant que la fortune du vin de Bordeaux était liée à ses clients anglais comme à ceux des Pays-Bas.

Il envoie au Régent un Mémoire sur les dettes de l'État pour proposer des moyens efficaces pour remédier du déficit budgétaire laissé par Louis XIV qui vient de mourir.

1716: A vingt-sept ans, il devient président à mortier au parlement de Bordeaux, grâce à son oncle, l’aîné de la famille qui possédait cette charge et la lui lègue avec tous ses biens, fortune et propriétés à condition de prendre le nom de Montesquieu. Cet oncle avaient des sympathies pour le jansénisme et était hostile à leur persécution. Montesquieu conserve ce poste jusqu’en 1726 et y prononça de nombreux discours. Compatriote de Michel de Montaigne, il s'asseyait comme lui mais cent soixante ans plus tard, sur les fleurs de lis de la cour de Bordeaux. Comme lui encore, il se sentait fort peu de goût pour les occupations de son état. Il avouait même qu'il n'arrivait pas à comprendre la procédure alors que «des bêtes» la comprenaient parfaitement.

La statue de Montesquieu sur l'Esplanade Montesquieu à Bordeaux

Sa femme lui donne un fils Jean-Baptiste qui naît à Martillac.

Publication de "Éloge de la sincérité" et de "Dissertation sur la politique des Romains dans la Religion". Il y dénonce la religion comme moyens qu’utilisent les puissants pour pérenniser leur domination sur les humbles. Il y recueille beaucoup de menus faits et les utilise pour arriver à une théorie tout à fait fausse. Son objet principal parait avoir été de mettre à nu ses sentiments anti-chrétiens. A coup sûr, les académiciens de Bordeaux qui entendirent la lecture de ce mémoire, ne soupçonnèrent pas alors le brillant avenir de son auteur.

Parallèlement, Montesquieu se passionne pour les sciences. Il est élu à l’Académie Royale des Sciences, Belles Lettres et Arts de Bordeaux que Louis XIV a fondée en 1712 et rédige des traités de physique ou de médecine :

* Les causes de l’écho
* Les glandes rénales
* La cause de la pesanteur des corps

Il y rencontre Melon inspecteur des fermes et secrétaire de Law au ministère des finances.

1717: Naissance de sa première fille Marie.

1721: "Les lettres persanes" sont publiées anonymement à Amsterdam pour lui éviter de compromettre sa réputation de magistrat. Le succès est tel que "Les lettres persanes" se vendent comme du pain". L'anonymat n'est alors que de courte durée et diffère de plusieurs années son élection à l'Académie française. Le succès de ce roman audacieux ouvre à Montesquieu les portes des salons parisiens. L’abbé de Saint-Pierre le paraine pour celui de l'influente marquise de Lambert où il rencontre notamment La Motte Houdart, Marivaux, Crébillon et l'abbé Dubos. Il est aussi reçu dans le club de l'Entresol et dans les salons de Brancas, d’Aiguillon, du Deffant, de Tencin et de Geoffrin.

A travers le voile transparent d’une fiction ingénieuse, il offre aux yeux de ses compatriotes au fil de ce roman épistolaire, des vérités hardies et fait entrer dans un cadre étroit, les principes les plus importants de la politique et de la philosophie. Il y donne en quelques lignes, l’équivalent d’un grand ouvrage de philosophie.

Montesquieu lisait beaucoup et il avait pour les modernes une prédilection marquée. La lecture des Amusements sérieux et comiques de Dufresny et celle du Diable boiteux de Lesage, lui donnèrent l'idée d'un ouvrage humoristique où la satire morale et même politique pourrait trouver place. «Paris est un monde entier, disait Dufresny au IIIe, de ses Amusements... Imaginez-vous donc combien un Siamois y trouverait de nouveautés surprenantes... Il me prend envie de faire voyager ce Siamois avec moi; ses idées bizarres et figurées me fourniront sans doute de la variété, et peut-être de l'agrément... Nous verrons un peu de quelle manière il sera frappé de certaines choses que les préjugés de l'habitude nous font paraître raisonnables et naturelles.»

Lesage avait aussi créé la plaisante invention du diable boiteux qui enlève comme un simple couvercle le toit de toutes les maisons et permet de voir tout ce qui s'y passe. C'est de là que sont sorties les "Les lettres persanes".

Sous prétexte de communiquer au public la correspondance de Persans nommés Usbeck et Rica, Montesquieu a fait un livre qui est à la fois un roman dramatique, voluptueux et même libertin. C'est une peinture satirique de sa société contemporaine.

"Les lettres persanes" sont une des Suites que tant d'auteurs ont cru pouvoir donner aux Caractères de La Bruyère. Rien ne montre mieux la différence profonde qui sépare le siècle de Louis XIV de celui de Louis XV. La mort de Louis XIV avait renouvelé la France. Au vieillard autoritaire succédait un enfant de cinq ans. Le testament du monarque était cassé par ce même Parlement de Paris que Louis XIV avait réduit à un silence de cinquante ans. C'était le duc d'Orléans, l'élève de l'abbé Dubois, la débauche en personne, qui gouvernait au nom du jeune roi.

La Régence était le règne de l'esprit frondeur, du mépris absolu pour tout ce qu'on appelle préjugé et enfin de la débauche élégante. Les Lettres persanes sont au même degré que les poésies de La Fare et de l'abbé Chaulieu la littérature qui convenait à une telle époque.

Voyage de Usbeck et Rica

Grâce à la merveilleuse habileté avec laquelle il avait choisi son cadre, Montesquieu pouvait établir ses musulmans en qualité de juges sévères de nos institutions politiques ou religieuses, de nos façons de comprendre la vie sociale, la famille, l'administration de la justice. Il pouvait dire sans crainte que le pape était «une vieille idole qu'on encense par habitude». Il pouvait appeler Louis XIV «ce grand magicien qui fait croire à ses sujets qu'un écu en vaut deux et qu'un morceau de papier est de l'argent» Enfin ses musulmans et leurs eunuques noirs étaient dans leur rôle en parlant des femmes avec la plus parfaite désinvolture et avec des métaphores orientales.

1724: Il publie pour mademoiselle de Clermont soeur du Duc de Bourbon, une autre œuvre de divertissement "Le temple de Gnide" inspiré de sa vie dans les salons parisiens et les milieux libertins. Très apprécié également, ce roman érotique de style régence est combattu par le parti religieux. Pourtant, il ne se déclare pas volontiers en être l'auteur puis prétend ensuite qu'il s'agit d'une traduction d'un ouvrage de grec ancien.

1725: Il est élu à l’Académie française mais son élection est annulée. La raison officielle est qu’il réside en province. Il écrit "Le Dialogue de Sylla et d’Eucrate" ouvrage qui ne sera publié qu’en 1745.

Il publie "Traité général des devoirs".

1726: Montesquieu renonce à sa charge de président à mortier. Il vend sa charge pour payer ses dettes et affermir ses propriétés viticoles. Son vin est commercialisé en Angleterre. Il dispose alors d’une très confortable rente de 34 200 livres tout en préservant prudemment les droits de ses héritiers sur sa charge puisqu' à sa mort, elle doit leur être retourné. Il a ainsi appliqué le principe de la noblesse britannique de la vente à durée déterminée.

1727: Naissance de sa deuxième fille Denise

Il se représente à l’Académie Française pour succéder à Louis de Sacy en déclarant que s’il n’était pas nommé, il quitterait la France. Son élection certaine, ses adversaires lui opposent ses "lettres persanes". Voltaire explique alors que Montesquieu a eu recours à un subterfuge. Il a fait imprimer à quelques exemplaires, une édition spéciale dont on aurait retranché les passages suspects. Il existe en effet une édition rarissime des "lettres persanes" imprimée à Cologne, chez Pierre Marteau, avec le millésime de 1721 et qui porte l'indication suivante: "Seconde édition, revue, corrigée, diminuée et augmentée par l'auteur". Montesquieu a trompé le cardinal Fleury alors ministre. Les suppressions annoncées portent sur quelques billets sans importance, les numéros des lettres ont été simplement changés et les passages relatifs au roi et au pape ont subsisté sans le moindre changement. Toute la différence, est qu'ils ne se lisent plus aux Lettres XXIV et XXIX, mais aux lettres XVIII et XIX. Le cardinal Fleury feint d’être dupe, se désintéresse de l’élection grâce à la puissante influence de la Marquise de Lambert et Montesquieu est admis à l'Académie française.

1728: Montesquieu est élu le 5 janvier contre Mathieu Marais. C’est la première grande victoire du parti philosophique. Il est reçu le 24 janvier 1728. Le discours de réception est lu par Roland Mallet mais la froideur que lui témoignent ses nouveaux confrères, même ceux qui étaient ses amis, l’engage à voyager à travers l’Europe et, finalement, il fréquente peu l’Académie.

De 1728 à 1731: Il fait le tour de l'Europe: Autriche, Hongrie, Italie, Hollande, Allemagne et Angleterre où il demeure un an et demi. Ces voyages permettent à Montesquieu d'effectuer une observation approfondie qui lui procure les données les plus récentes et concrètes de la géographie, de la culture, de la diplomatie, des conditions économiques, des mœurs et des systèmes politiques des différents pays européens. A Rome, il rencontre des Anglais jacobites et des jésuites revenus de Chine. A Venise, il rencontre le comte de Bonneval, officier français devenu musulman et pacha ainsi que Law qui y demeure en exil. A Londres en 1730, il est élu membre de la Société Royale de Londres le 27 février puis initié à la Franc-maçonnerie le 12 mai.

1731: Il rentre à Bordeaux et reprend ses séjours à Paris et en Province. Le roi refuse son consentement à l’élection de Piron à l'académie française. En compensation, Montesquieu lui obtient par l’intermédiaire de Madame de Pompadour, une pension de mille livres.

1734: De retour au château de la Brède, Montesquieu publie "Considérations sur les causes de la grandeur des romains et de leur décadence". Cette réflexion devait être l'un des chapitres d'un important ouvrage de philosophie politique qu'il méditait depuis longtemps: "L'esprit des lois". Cet essai que pendant quatorze ans encore, il rédigera, organisera, augmentera, remaniera, sera "l'œuvre de toute sa vie".

C'est en historien, en jurisconsulte et en philosophe qu'il se mit à étudier l'histoire de Rome, à exposer les causes de sa grandeur et de sa décadence. Sans vouloir conter à nouveau les faits qui sont connus de tous, il entreprit de raisonner, de montrer comment une poignée de bandits parvint à fonder l'empire romain, comment ensuite ce colosse tomba de lui-même en pourriture. Si les Romains sont devenus les maîtres du monde, c'est, selon Montesquieu, parce qu'ils ont aimé la liberté, le travail et la patrie; parce qu'ils ont eu, en qualité de guerriers, une discipline forte et des principes arrêtés, ne désespérant jamais de la République, ne traitant jamais avec un ennemi victorieux, divisant habilement leurs ennemis et n'exaspérant pas les peuples vaincus. Telles sont les causes de la grandeur romaine. L'empire romain a péri parce que sa trop vaste étendue a amené des guerres civiles, détruit l'esprit de liberté, donné le droit de cité à tout l'univers; parce que le luxe a amené la corruption et la tyrannie; parce que les empereurs ont été souvent des monstres et enfin parce que la fondation de Constantinople a fait deux empires au lieu d'un.

Des vingt-trois chapitres qui composent ce petit volume, sept sont consacrés à énumérer les causes de grandeur. Les seize autres font connaître les causes de décadence, auxquelles s'attachait surtout Montesquieu. Il n'y a ni préface, ni conclusion et ni ordre rigoureux dans la succession des chapitres. Ce n'est qu'une suite de réflexions destinées à en faire naître d'autres dans l'esprit du lecteur. Le style est en général concis. C'est une œuvre de grande valeur, mais il ne faudrait pas exagérer son originalité. Guez Balzac, Saint-Evremond et Bossuet au siècle précédent, l'abbé de Vertot dans son Histoire des révolutions romaines, parue en 1719, avaient consacré à la philosophie de l'histoire romaine des ouvrages reconnus. Montesquieu qui semble les ignorer et qui n'a pas écrit une seule fois dans toutes ses œuvres le nom de Bossuet, a beaucoup profité des travaux de ses devanciers. "La Grandeur et la Décadence des Romains" ne serait que le développement d'un chapitre de l'Histoire universelle de Bossuet. Montesquieu qui a lu et médité très attentivement ce chapitre, a dû faire les plus grands efforts pour paraître original. L'imitation n'en est pas moins flagrante. Il y a dans les deux œuvres des passages identiques pour le fond, sinon pour le style. Le procédé auquel Montesquieu a dû recourir pour faire croire à son originalité a consisté à disposer les réflexions autrement que Bossuet, à les éparpiller, alors que Bossuet les groupait, à citer d'autres exemples, à paraphraser, à dire en une page ce que  Bossuet a resserré en trois lignes et enfin à faire constamment allusion aux choses de la vie contemporaine. Bossuet s'appliquait surtout à développer les causes de la grandeur de Rome, auxquelles il a accordé deux fois plus de place qu'aux autres. Montesquieu a choisi de privilégier l'étude des causes de la décadence. Montesquieu n'aimait pas Bossuet qu'il jugeait trop autoritaire et surtout trop chrétien et s'il publiait "la Grandeur et Décadence" alors qu'il travaillait à un autre ouvrage dont celui-ci aurait pu faire partie, c'est qu'il était bien aise de sonder l'opinion et de la préparer à bien accueillir "l'Esprit des lois".

1745: Il publie "Le Dialogue de Sylla et d'Eucrate".

1747: Il devient peu à peu aveugle. Mais grâce à ses secrétaires et sa fille Denise, il continue à écrire son œuvre. Helvétius et Saurin conscient de l'analyse critique de la monarchie, lui déconseillent de la publier.

Il ne semble pas les écouter et fait republier à Paris  "Considérations sur les causes de la grandeur des romains et de leur décadence" avec privilège royale pour assurer le lancement de l'Esprit des lois.

1748: En octobre, Montesquieu suit en partie le conseil des deux philosophes et publie anonymement à Genève chez Barrillot et fils, les trente et un livres de "l'Esprit des Lois" en deux volumes in-4. Il ne sollicita ni privilège ni approbation mais tout le monde savait qu'il en était l'auteur. Le succès fut prodigieux. Vingt-deux éditions sont imprimées en dix-huit mois. Le livre fut aussitôt traduit dans toutes les langues. C'était l'œuvre d'un penseur très libre qui parlait du christianisme poliment, mais sans enthousiasme. "L'Esprit des lois" devait par là même déplaire aux philosophes et aux croyants. Les philosophes se tinrent sur la réserve. Voltaire, qui parlera plus tard, ne dit rien alors. Les parlements ne se firent point déférer le livre. Les évêques ne décernèrent point de mandements contre lui et la Sorbonne qui ne savait que dire, fut heureuse de voir l'archevêque Beaumont s'entremettre entre Montesquieu et elle. Ce furent les gazettes religieuses, les Nouvelles ecclésiastiques jansénistes et le Journal de Trévoux jésuite qui attaquèrent le livre et accusèrent son auteur de spinozisme, de déisme et de croyance en la religion naturelle soit en une divinité en dehors de toute église établie.

Établissant les principes fondamentaux des sciences économiques et sociales, Montesquieu tente de dégager la logique des différentes institutions politiques par l’étude des lois considérées comme simples rapports entre les réalités sociales. Il envisage trois types de gouvernement : la république, la monarchie et le despotisme. Cette œuvre inspire les auteurs de la Constitution française de 1791 et est à l’origine du principe de séparation des pouvoirs législatifs, exécutifs et judiciaires. Il est aussi considéré comme l'un des pères de la sociologie.

Montesquieu a tenté d’interpréter sa rhétorique en rapport avec les réalités des États de son temps et des républiques démocratiques. Il inspirera Tocqueville et fournit un modèle pour la concorde du savant et du politique. Il pose la question du savoir politique qui doit impérativement garder une forme d’universalité, sans être hanté par le fantasme ruineux de sa toute puissance. La séparation des pouvoirs devient par conséquent, une nécessité.

Pour Montesquieu, la véritable servitude se situe là où l’on confond dans une même contrainte les trois relations de l’individu à la collectivité: les lois, les moeurs et les manières. Il n’existe pas de garantie structurelle absolue de la liberté politique.
La citoyenneté moderne dans une cité est là où «la loi civile regarde chaque particulier comme toute la cité même» et où «la liberté de chaque citoyen est une partie de la liberté publique». Les principaux conflits proviennent de ce que chacun fait de ses intérêts propres, l’intérêt commun alors qu’il faut que «chacun aille au bien commun en croyant aller à ses intérêts particuliers». Or le législateur est pris entre la nécessité d’édicter des maximes générales, les contraintes qui ne relèvent pas des lois et les niveaux différents de la légalité et de la légitimité. Il doit se montrer à la fois utopique et universel contre les idées d’uniformité. Les systèmes juridiques doivent être fondés sur l’évolution de la société et des moeurs.

Le titre de l'Esprit des lois est d'une longueur inusitée, le voici: De l'Esprit des lois, ou du rapport que les lois doivent avoir avec la constitution de chaque gouvernement, mœurs, climat, religion, commerce, etc. (sic), à quoi l'auteur a ajouté des recherches sur les lois romaines, touchant les successions, sur les lois françaises et sur les lois féodales. Il ressort de ce titre même, dont la clarté n'est pas parfaite, que Montesquieu a voulu faire, comme il l'a dit dans son livre, «un ouvrage de pure politique et de pure jurisprudence». L'ouvrage est divisé en trente et un livres et subdivisé en plus de cinq cents chapitres ayant chacun leur titre particulier. Néanmoins, il serait assez difficile d'en reconstituer le plan. D'Alembert a essayé de le faire. Ce grand géomètre y a consacré vingt-cinq pages. Il n'a pas pleinement réussi.

Montesquieu a fait la philosophie de la jurisprudence et donner la quintessence des législations. Il commence par définir les lois en général. Sa définition convient, dans sa pensée, aux lois immuables de la nature et aux lois essentiellement muables que font les hommes. «Les lois, ce sont les rapports nécessaires qui dérivent de la nature des choses.» Les lois politiques sont donc nécessairement en harmonie avec la nature des gouvernements et par conséquent, apparaît la division célèbre par laquelle débute le second livre. Il y a, selon Montesquieu, trois sortes de gouvernements possibles, le républicain aristocratique ou démocratique, le monarchique et le despotique. À ces formes diverses conviennent des lois de catégories très différentes car le ressort des républiques, c'est la vertu; celui des monarchies, c'est l'honneur; celui du despotisme, c'est la crainte. Mais les mots n'ont pas ici leur signification ordinaire; la vertu, ou vertu politique, c'est, aux yeux de Montesquieu, «l'amour de la patrie et de l'égalité». De même l'honneur est tout simplement une des formes de l'ambition, la recherche «des préférences et des distinctions», appelé aujourd'hui le carriérisme.

Telle est la base de tout le système. Toutes les études de Montesquieu reposent sur cette distinction des trois gouvernements et des trois ressorts qui font agir les gouvernés et par conséquent les gouvernants. Des principes généraux, Montesquieu descend aux applications particulières dont le nombre est presque infini. Il traite notamment de l'éducation, des lois politiques et des conditions de la vie sociale dans les républiques, dans les monarchies et dans les États despotiques. Il étudie les rapports des lois avec la défense, l'attaque, la liberté politique, les impôts. Il insiste d'une manière toute particulière sur leurs rapports avec le climat, avec la nature du sol, avec l'esprit général, les moeurs, les manières, avec le commerce, la population, la religion.

Il établit ensuite une distinction fondamentale entre les lois divines et les lois humaines: «la force principale de la religion vient de ce qu'on la croit; la force des humains vient de ce qu'on les craint», et il pose ce principe, qu'on ne doit point «statuer par les lois divines ce qui doit l'être par les lois humaines, ni régler par les lois humaines ce qui doit l'être par les lois divines». Enfin, après avoir montré l'origine et les changements des lois romaines et françaises, il établit de la manière la plus formelle dans son XXIXe livre, que le législateur doit être modéré. «Je le dis, s'écrie-t-il, et il me semble que je n'ai fait cet ouvrage que pour le prouver: l'esprit de modération doit être celui du législateur; le bien politique, comme le bien moral, se trouve toujours entre deux limites.» À l'appui de ses théories, Montesquieu cite une infinité d'exemples et présente une multitude d'observations.

Dès la publication de ce monument, il est entouré d'un véritable culte. Il poursuit alors sa sa vie de notable mais reste affligé par la perte presque totale de la vue. Montesquieu a même exercé sur le monde politique une influence que lui-même ne prévoyait certainement pas. Il était monarchiste au sens qu'il donne à ce mot. Il croyait le pouvoir royal suffisamment équilibré par l'existence de la noblesse et des parlements et Louis XIV ou Louis XV n'étaient pas clairement considérés comme des despotes. Il était surtout très éloigné de souhaiter la forme républicaine et il n'a pas soupçonné un seul instant, ce grand théoricien de la politique, que la France aurait après lui, en moins d'un siècle et demi, trois fois la monarchie parlementaire, trois fois le despotisme, sous Robespierre et sous les deux Napoléon et trois fois la République. Il ne pressentait pas davantage qu'au début de toutes ces révolutions successives, les autorités s'inspireraient de lui et chercheraient à appliquer ses principes et surtout à se couvrir de son autorité.

1750: Montesquieu répond aux accusations jansénistes et jésuites en publiant "La défense de l'Esprit des Lois", une brillante clarification de sa réflexion et une redéfinition des éléments clefs de sa pensée politique. Comme il avait pour lui la supériorité du talent, il n'eut pas de peine à terrasser ses adversaires en se donnant les apparences de la modération. Il fut assez habile pour esquiver les objections sérieuses qui lui étaient faites et il pulvérisa les autres. "L'Esprit des lois" est aussi défendu par Voltaire et Fréron.

1751: "L'Esprit des Lois" est mis à l'Index par le Pape. Son succès est ainsi confirmé et accentué puisqu'un livre interdit était une promesse de succès commercial. L'assemblée Générale du Clergé et la Faculté de Théologie de la Sorbonne condamne cet essai et en fait extraire, les années suivantes, 17 propositions.

1753: Il est élu directeur de l'Académie Française.

Il publie "Lysimaque".

1755: Le 10 février, devenu pratiquement aveugle et atteint d’une fièvre inflammatoire, il meurt à Paris, d’une fluxion de poitrine qui l’emporte au bout de 15 jours. Peu de monde assiste à son enterrement dans une chapelle de l’Église St Sulpice. Selon Grimm, Denis Diderot est le seul homme de lettres qui y assiste.

1757: Publication posthume de l'article
"Essai sur le goût" que par amitié pour Diderot et d'Alembert, Montesquieu avait rédigé dans les dernières années de sa vie pour leur Encyclopédie

1758: Une importante Histoire de Louis XI non encore publiée est brûlée par imprudence.

"Arsace et Isménie" histoire orientale écrite en 1830 dans le goût des Mille et une nuits est publiée.

1796: Lorsque le Conseil des Anciens voudra lui faire les honneurs du Panthéon, ni sa tombe ni sa dépouille ne sont trouvées car l’Eglise Saint Sulpice et son cimetière avaient été profanés pendant la Terreur.

1899: Publication posthume de "Mes Pensées".

1944: Publication de "Pensées suivies de Spicilège"

CITATIONS DE MONTESQUIEU

Cliquez sur le bouton du droite de l'Université Montesquieu de Bordeaux 4:

Un flatteur est un esclave qui n'est bon pour aucun maître.

Malheureuse condition des hommes !
À peine l'esprit est-il parvenu à sa maturité, que le corps commence à s'affaiblir.

Rire pour rien s'appelle science du monde.

Moins on pense, plus on parle.

Une injustice faite à un seul est une menace faite à tous.

La médiocrité est un garde-fou.

Dieu m'a donné du bien, et je me suis donné du superflu.

Un fond de modestie rapporte un très grand fond d'intérêt.

L'âme est l'ouvrière de la détermination.

Qui aime à s'instruire n'est jamais oisif.

Les mœurs font toujours de meilleurs citoyens que les lois.

Ce n'est pas l'esprit qui fait les opinions, c'est le cœur.

Lorsque l'on veut changer les mœurs et les manières, il ne faut pas les changer par des lois.

Si nous connaissions bien le prix d'un véritable ami, nous passerions notre vie à le chercher.

Il faut éclairer l'histoire par les lois et les lois par l'histoire.

L'histoire du commerce est celle de la communication des peuples.

La gravité est le bouclier des sots.

Le mérite console de tout.

L'amour de la démocratie est celui de l'égalité.

L'opulence est dans les mœurs et non pas dans la nature.

Malheureux le Roy qui n'a qu'une tête!

L'effet naturel de l'amour est de rendre heureux ceux qui s'aiment.

Qu'on est heureux quand on tient dans ses bras ce que l'on aime !

Les nations libres sont des nations policées.

Les hommes naissent bien dans l'égalité, mais ils n'y sauraient demeurer.

L'avantage de l'amour sur la débauche, c'est la multitude des plaisirs.

L'amour a des dédommagements que l'amitié n'a pas.

J'aime les paysans ; ils ne sont pas assez savants pour raisonner de travers.

Par malheur, trop peu d'intervalle entre le temps où l'on est trop jeune et celui où l'on est trop vieux.

La lumière du jour n'est pas plus pure que le feu qui brûle dans le cœur de nos femmes.

Les gens de bonne compagnie ne sont souvent que ceux dont les vices sont plus raffinés.

Quand on veut gouverner les hommes, il ne faut pas les chasser devant soi, il faut les suivre.

Pour faire de grandes choses, il ne faut pas être un si grand génie : il ne faut pas être au dessus des hommes, il faut être avec eux.

CLIN D'ŒIL

UN GRAND MERCI A L'EDIFICE POUR LA PUBLICATION DE CET HOMMAGE ECRIT EN 1989.

Montesquieu le philosophe oublié 1689 - 1755

Hommage de la Commission d'Histoire de la Grande Loge de France à l'occasion du tricentenaire de sa naissance (18 janvier 1689)

En guise de préface

«Dans une nation libre, il est souvent indifférent que les. particuliers raisonnent bien ou mal ; il suffit qu'ils raisonnent : de là sort la liberté, qui garantit des effets de ces mêmes raisonnements».

Ainsi s'exprimait Montesquieu dans «L'Esprit des Lois» (XIX-27). Esprit libre, intuitif, lucide, ne faisant aucune concession lorsqu'il s'agissait de défendre aussi bien la liberté et le devoir, Montesquieu a tracé la voie qui mène à la démocratie moderne.

Bien oubliés aujourd'hui, le philosophe et son œuvre ! ... tous deux occultés par le bicentenaire de la Révolution dont il fut pourtant une des lointaines «Lumières» instigatrices. Son héritage spirituel et politique est toujours aussi riche pour les honnêtes hommes qui prônent l'indépendance de l'esprit et la liberté de penser et qui appliquent ces principes dans leurs actes quotidiens. Car les règles qu'il propage, Montesquieu les applique d'abord à lui-même :

«Il faut que les lois commencent par travailler à faire des honnêtes gens avant de commencer à les choisir. Il ne faut pas commencer par parler de ces gens-là. Il y en a si peu que cela ne vaut pas la peine..

En ces temps actuels où les «Affaires» agitent les politiciens de tout bord, les paroles de Montesquieu ont une certaine résonance.

Il est dommage que le tricentenaire de sa naissance soit passé quasiment inaperçu, mis à part quelques articles dans les pages culturelles de plusieurs quotidiens, magazines et revues littéraires, et oublié par les média audio-visuels. Est-ce que Montesquieu dérangerait encore de nos jours, comme il avait dérangé les Rois et les Princes qui gouvernaient en Europe de son temps ? En l'absence de toute commémoration officielle, on peut se poser cette question.

Pour notre part, ce bien modeste exposé est un hommage que nous rendons à celui qui fut l'un des plus grands Francs-Maçons français et l'un des premiers à l'époque où «l'Honorable Société» commençait à s'installer en France. A ce titre, il mérite particulièrement notre reconnaissance.

Charles Louis de Secondat est né le 18 janvier 1689 au château de la Brède près de Bordeaux. Licencié en droit, il est reçu avocat au Parlement de Bordeaux en 1708 et s'appelle désormais «Seigneur de Montesquieu, baron de la Brède». En 1714 il devient conseiller au Parlement de Bordeaux puis se marie en 1715 avec Jeanne de Lartigues qui est protestante. Ils auront trois enfants : un fils Jean-Baptiste qui sera franc-maçon et deux filles. En 1716 il est élu à l'Académie de Bordeaux. Son oncle meurt lui léguant sa charge de Président à mortier et le nom de Montesquieu à vie.

Entre 1717 et 1721 il rédige différents mémoires sur l'écho, l'usage des glandes rénales et la transparence des corps. En 1721, il publie à Amsterdam les «Lettres Persanes» qui seront interdites par le Cardinal Dubois en 1722 à cause de leur trop grand succès et des allusions qu'elles contiennent.

En 1725 il vend sa charge et vient à Paris où il sera élu à l'Académie Française en 1727 malgré l'opposition du Cardinal Fleury. Puis, il entame de longs voyages en Allemagne, Italie, Suisse, Hollande. Devenu l'ami de Waldegrave neveu du Maréchal de Berwick, et de Lord Chesterfield, il séjourne à Londres qu'il décrit comme «vilaine ville où il y a de très belles choses (23 octobre 1729)». Il y admire la liberté politique tout en y déplorant la corruption du régime Walpole. Membre de la Royal Society il est initié Franc-maçon le 12 mai 1730 à la Loge Horn qui tenait son nom de la taverne où les Maçons Opératifs de l'abbaye de Westminster se réunissaient avant la constitution de la Grande Loge de Londres en 1717, qui deviendra ensuite la Grande Loge d'Angleterre.

De retour à la Brède il publie en juillet 1734 «Considérations sur les causes de la grandeur des romains et de leur décadence». A Paris c'est de la décadence de Montesquieu que l'on parle d'autant plus que cofondateur de la Loge de Bussy il est ensuite inquiété pour son appartenance par Boucher, intendant de Guyenne et par son vieil ennemi le Cardinal Fleury (1737).

Cela ne l'empêche pas de continuer à fréquenter les Loges de Paris et de Bordeaux et de terminer son œuvre maîtresse, les livres «de l'Esprit des Lois» qui paraîtront à Genève en 1748 sans nom d'auteur. Bien que la vente soit interdite à Paris l'ouvrage s'arrache. Il en est de même en Europe. Cependant, Jésuites et Jansénistes attaquent Montesquieu ; la Sorbonne s'inquiète. Il écrit alors «Défense de l'Esprit des Lois». Malesherbes, directeur de l'Imprimerie Royale lève l'interdiction en 1750 avec le consentement de Louis XV qui protégeait secrètement certains francs-maçons dont Montesquieu. Mais en 1751 «de l'Esprit des Lois» est mis à l'index par la faute de La Beaumelle apologiste maladroit de l'ouvrage. Presque aveugle Montesquieu écrit cependant en 1754 l'article sur le «goût» pour la Grande Encyclopédie. Il meurt le 10 février 1755. Son dernier manuscrit «Mes Pensées» ne sera édité qu'en 1899.

Il faut noter que Montesquieu avait un an de plus que Marivaux ; cinq ans de plus que Voltaire ; dix-huit ans de plus que Buffon ; vingt-trois ans de plus que Jean-Jacques Rousseau ; vingt-quatre ans de plus que Diderot.

En 1989, deux cent trente quatre ans après sa mort, que reste-t-il de Montesquieu ? De sa pensée, de sa présence, de son influence, de ses principes ?

L'Hôtel de la Monnaie du quai Conti nous propose une très belle médaille de Montesquieu gravée sous son meilleur profil et la Banque de France nous rappelle la vénalité des choses ici-bas en nous «offrant» un billet de 200 francs qui nous montre un fort beau portrait et les armoiries de Montesquieu, le Château de la Brède, avec une allégorie de la justice et la mention de «l'Esprit des Lois»... Ainsi chaque jour nous sommes des millions de personnes à  «palper Montesquieu» en tant que monnaie d'échange !

Sur Figaro Madame du 16 novembre 1985, Maurice Toesca, dans son anthologie de la littérature française qui chaque semaine fait revivre un grand écrivain, citait un texte des Lettres Persanes ainsi rédigé :

«C'est une grande question parmi les hommes de savoir s'il est plus avantageux d'ôter aux femmes la liberté que de la leur laisser. Il me semble qu'il y a bien des raisons pour et contre (...). Il faut l'avouer, quoique cela choque nos mœurs, chez des peuples les plus polis, les femmes ont toujours eu de l'autorité sur leurs maris..»

Voilà au moins un propos de Montesquieu qui est toujours d'actualité... sans, toutefois, que le problème soit résolu ! ...

Dans les cahiers de la Grande Loge de France, en octobre 1955 un frère a publié une étude intitulée « Grandeur et faiblesse de Montesquieu» à l'occasion du bicentenaire de sa mort. Si l'on en croit ce frère une grande partie de l'œuvre de Montesquieu dont «de l'Esprit des Lois» serait d'inspiration maçonnique.

En mars 1977, dans «La Grande Loge de France vous parle» un autre frère intitule sa causerie dominicale «Le Franc-maçon Montesquieu» et affirme que celui-ci, dans l'Esprit des Lois, «s'explique clairement en Maçon conscient, et montre ce que fut la démarche de son esprit à la recherche de la Vérité». La vérité me semble tout autre. Certes, on trouve dans l'Esprit des Lois des développements contre l'esclavage, contre la persécution des juifs, contre la torture. On y vante les vertus d'une République de la Raison, de l'humanité, du courage. Mais ces exemples ne sont pas l'apanage des seuls Francs-maçons, d'autres hommes non initiés, à la même époque, affirmaient les mêmes principes.

Et puis dans les loges françaises de la première moitié du XVIIIe siècle, comme dans les loges anglaises, allemandes ou hollandaises on ne philosophait pas sur les régimes politiques.

Par contre, ce qui est certain, c'est que les lecteurs Francs-Maçons de l'Œuvre de Montesquieu - passés et présents - y trouvent une semence, une variété de graines qui ne demandent qu'à germer, lever et fleurir puis s'épanouir pour peu que le milieu soit propice. Or, le milieu maçonnique semble être une magnifique serre où les idées de Montesquieu se développent et rayonnent.

C'est ainsi qu'on fait l'honneur à Montesquieu d'avoir inspiré par ses écrits la Constitution Fédérale des Etats-Unis en 1787 et notamment d'avoir posé le principe (retenu dans cette Constitution) de la séparation des trois pouvoirs, énoncé dans l'Esprit des. Lois : le Légistatif au Congrès, l'Exécutif au Président, le Judiciaire à la Cour Suprême.

André Maurois l'affirme dans son «Histoire des Etats-Unis». C'est aussi l'avis d'historiens Francs-maçons américains qui, s'appuyant sur de nombreux documents de familles rassemblés par les Research Lodges, prouvent que les héros de l'Indépendance étaient lecteurs des œuvres de Montesquieu et possédaient ses ouvrages.

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Pourtant Montesquieu ne se prononça pas sur les deux grandes formes de suffrages : universel ou censitaire; non plus sur les formes d'expression collective. Son seul grand désir exprimé était celui de ne pas opprimer les minorités. En cela il rejoint l'idéal maçonnique.

Mais il est un autre principe que l'on retrouve chez Montesquieu lorsque l'on relit ses œuvres notamment celles écrites après 1730. De nos jours, il est admis - depuis qu'Auguste Conte dans sa Philosophie Positive en 1830 a «inventé» le terme de sociologue pour désigner celui qui se livre à l'étude scientifique des faits sociaux - que Montesquieu fut un sociologue avant la lettre. Sociologue il l'était car pour Montesquieu, le règne de l'égalité véritable s'établit par le Savoir et par la Connaissance. Selon lui, ce qui rend les hommes plus ou moins inégaux c'est l'Esprit. Or, les événements contemporains donnent raison à Montesquieu. C'est ainsi que l'Europe Occidentale capitaliste résistera victorieusement aux poussées prolétariennes de 1917, 1919, 1945 et aussi à celles de 1968. Les classes dites «possédantes» et dirigeantes étaient instruites et l'on sait bien qu'il est plus aisé d'opérer un transfert de biens matériels que d'acquérir les cultures de l'Esprit. Inversement en 1917, les structures décadentes et oppressantes des derniers Tsars de Russie s'écroulèrent facilement devant l'intelligence des divers partisans anti-tsaristes.

Un bel esprit - Maçonnique - a écrit que «La pensée de Montesquieu c'est l'extrême fleur d'un génie d'âge mûrissant, elle exige de la réflexion, de la prudence, de la culture... C'est à la fois sa grandeur et sa faiblesse».

Sur le plan politique, Jean Starobinski auteur d'un «Montesquieu par lui-même», souligne le rayonnement des idées de Montesquieu en écrivant en 1953 :

«Nous vivons dans une société aménagée en grande partie selon les vœux de Montesquieu : l'Exécutif, le Législatif et le Judiciaire y sont séparés : les peines y sont en principe proportionnées aux délits ; le libéralisme économique y a été pratiqué pendant longtemps. Tout cela nous est si familier que nous y faisons à peine attention... Bien plus, nous avons eu tout loisir, à l'intérieur du monde instauré par la pensée politique de Montesquieu, de constater ce qui se corrompait et cédait à l'usage. Nous en sommes à voir se lézarder un édifice que Montesquieu n'avait entrevu que dans son image idéale, esquissée sur fond d'espoir, avant même que la Règle et le Compas en eussent tracé les plans exacts.

Les conditions économiques de l'âge industrie sont venues fausser l'équilibre d'un calcul qui comptait sans elles..

Mais en 1959, Louis Althusser, dans son petit livre intitulé «Montesquieu, la politique et l'histoire» soumet les idées de Montesquieu au feu. d'une critique sans complaisance :

«Cet opposant de droite a servi dans la suite du siècle tous les opposants de gauche, avant de donner des armes dans l'avenir de l'histoire à tous les réactionnaires... Toute la période prérévolutionnaire se joue en grande partie sur les thèmes de Montesquieu, et ce féodal ennemi du despotisme devint le héros de tous les adversaires de l'ordre établi. Par un singulier retour de l'histoire, celui qui regardait vers le passé parut ouvrir les portes de l'avenir. Je crois que ce paradoxe tient avant tout au caractère anachronique de la position de Montesquieu. C'est parce qu'il plaidait la cause d'un ordre dépassé qu'il se fit l'adversaire de l'ordre présent que d'autres devaient dépasser...».

Il n'empale que la publication en 1748 de l'Esprit des Lois fut une bouffée d'oxygène, de liberté, dans le régime d'absolutisme de l'époque... En 1989 les Princes qui nous gouvernent et tous nos politiciens quelles que soient leurs appartenances et leurs croyances feraient bien de lire ou de relire l'Esprit des Lois, et de s'en inspirer lors de leur démarche politique...

... Quant à moi permettez-moi de conclure ici cette planche, sans rechercher plus avant le contenu de l’œuvre de Montesquieu et ce qu'il en reste... car comme il l'a si bien écrit :

«Quand on court après l'Esprit... On rattrape la sottise».

Georges Ageon

ANNEXE N° 1 : L'activité maçonnique de Montesquieu

Nous sommes très bien renseignés sur les activités maçonniques de Montesquieu par les journaux anglais de l'époque qui publiaient alors un Carnet Maçonnique des Tenues qui avaient lieu en Angleterre et dans les milieux anglais de France, par la correspondance de Montesquieu et de ses amis maçons et aussi par les archives de la Police de Bordeaux et de Paris.

Montesquieu est tout d'abord présenté le 12 février 1730 par le Dr Georges-Louis Tessier à la Royal Society de Londres, creuset maçonnique où il est élu le 26 février 1730, sa candidature ayant été appuyée par ses amis anglais dont le Duc de Richmond, ancien Grand-Maître de la Grande Loge de Londres, le Duc de Montaigu, Milord Pembroke, Alexandre Stuard médecin de la Reine Caroline et futur membre de l'Académie de Bordeaux, et Martin Ffolkes qui deviendra un ami privilégié.

Le mardi 12 mars 1730 Montesquieu est initié à la Loge qui se réunissait à la Horn Tavern ; le British Journal du samedi 16 mars rapporte la cérémo­nie dans les termes suivants :

«Nous apprenons que mardi soir à une Tenue de Loge à la Horn Tavern, dans Westminster, où étaient présents le Duc de Norfolk, Grand-Maître, Nathaniel Blakerby, vice Grand-Maître, et d'autres grands officiers, ainsi que le Duc de Richmond, Maître de la Loge, le marquis de Beaumont, Lord Mordaunt, le marquis de Quesne et plusieurs autres personnes de distinction, les nobles étrangers ci-dessous, Charles-Louis président Mon­tesquier (sic), Francis comte de Sade... furent reçus membres de l'Ancienne et Honorable Société des Francs-Maçons».

Le 15 décembre 1732, Montesquieu assista à l'Allumage des Feux de la Loge «Anglaise n° 204» à Bordeaux, constituée par des marins anglais le 27 avril de la même année.

Le Saint James Whitehall Evening Post du 7 septembre 1734 indique que Montesquieu a assisté à une Tenue dans une Loge de Paris.

«Nous apprenons de Paris qu'une Loge de Francs-Maçons s'est récemment tenue ici en la demeure de Sa Grâce la Duchesse de Portmouth, où Sa Grâce le Duc de Richmond, assisté par le comté de Waldegrave, le Président Montesquier (sic), le Brigadier Churchill, Edouard Young Esquire secrétaire du très honorable Ordre du Bain et Walter Stickland Esquire, ont admis dans cette ancienne et honorable Société, plusieurs personnes de qualité, parmi lesquelles étaient le marquis de Brancas, le général Skel­ton et le fils du Président».

En fait, cette Loge de Paris, où fut initié en présence de Montesquieu, son fils Jean-Baptiste de Secondat, alors âgé de 18 ans, n'est autre que la Loge «d'Aubigny» n° 133 dont le Maître de Loge est le Duc de Richmond, Charles de Lennox, aussi Duc d'Aubigny (en Berry) et Pair de France, Passé-Maître de la Loge Horn. Il réunit sa loge d'Aubigny aussi bien à Paris qu'en Berry, comme nous le verrons plus loin.

Le 31 juillet et le 2 août 1735, Montesquieu échange une correspondance avec le Duc de Richmond, qui l'invite à une tenue dans sa Loge au Château d'Aubigny, en présence du Dr Désaguliers, «le Grand Belzébuth de tous les Maçons». Cette lettre retrouvée avec d'autres correspondances à (et de) Montesquieu dans les archives d'une vieille famille bordelaise (d'Aux), et rendue publique en 1981, n'a été publiée intégralement qu'en 1982. Nous la donnons en annexe 2.

Le Saint-James Whitehall Evening Post du 20 septembre 1735 annonce encore une Tenue à Paris où assistait Montesquieu. Elle est d'importance pour ce qui concerne l'histoire des premières Loges françaises ; voici ce qu'écrit le Journal anglais:

«On écrit de Paris que Sa Grâce le Duc de Richmond et le Dr Désaguliers, ex Grand-Maître de l'ancienne et honorable société des Maçons libres et acceptés, munis à cet effet d'une autorisation et scellée de son sceau ainsi que celui de l'Ordre, ont convoqué une Loge à l'Hôtel de Bussy dans la rue de Bussy (Note de l'auteur : au 4 de la rue de Buci actuelle). Etaient présents : Son excellence, le comte de Waldegrave, ambassadeur de Sa Majesté près du Roi de France; le très honorable Président Montesquieu; le marquis de Lomuren; Lord Dursley, fils du comte de Berkley; l'honorable M. Fitz William; Messieurs Knigh père et fils; le Dr Wickman et plusieurs autres personnages français et anglais. Les nobles et gentlemen ci-après désignés y ont été reçus dans l'Ordre, savoir: Sa Grâce le Duc de Kingston; l'honorable comte de Saint-Florentin, secrétaire d'Etat de Sa Majesté très chrétienne; le très hono­rable Lord Chewton, fils de Lord Waldegrave; M. Pelham, M. Arminger, M. Colton et M Clément. A la suite de la cérémonie, les nouveaux Frères ont offert un splendide banquet à toute l'assistance».

Cette relation d'une tenue importante par le journal anglais concerne-t- elle une Tenue exceptionnelle de la Loge d'Aubigny à Paris ou l'Allumage des Feux de la Loge de «Bussy» qui deviendra plus tard la Loge «Bussy­Aumont» du nom du futur Maître de Loge ? La question s'est posée : Marcy penche pour la Loge d'Aubigny, alors que dans le Dictionnaire de Daniel Ligou, le signataire «J. Br» de la notice sur Montesquieu, ainsi que d'autres historiens dans d'autres ouvrages, citent la Loge de Bussy.

Or, l'Hôtel de Bussy était à cette époque occupé par le Traiteur Alexis Landelle qui, - cela est prouvé - y recevait épisodiquement d'autres Loges. Pierre Chevallier a daté la constitution de la Loge de Bussy le 29 novembre 1736, et son installation le 7 février 1737, ce que confirme Daniel Ligou dans son «Histoire des Francs-Maçons en France» (qui date de 1981). Si l'on considère les très sérieux travaux de la Loge de Recherches «Villard de Honnecourt» il semble bien que c'est la Loge d'Aubigny qui s'est réunie rue de Bussy à Paris en septembre 1735 et que la Loge de Bussy a été installée durant l'hiver 1736/1737.

Pour terminer avec la Loge d'Aubigny - qui sera démolie en 1737, après le retour définitif du Duc de Richmond en Angleterre — rappelons que c'est de cette Loge que la première indiscrétion - en France - de ce qu'était une initiation maçonnique, fut propagée. Elle fut le fait du Duc de Kingston, initié en septembre 1735, rue de Bussy, et qui raconta sur l'oreiller le déroulement de la Tenue à sa Maîtresse, «la Carton» une ancienne danseuse qui était aussi l'amie et l'indicatrice du Lieutenant Général de police Hérault qui renseignait ainsi le Cardinal Fleury sur les faits et gestes des anglais et sur les personnalités françaises et étrangères qui assistaient aux Tenues. Hérault fit fermer quelques Loges en pourchassant les Traiteurs... mais ne put rien contre les Maçons, souvent de haute noblesse, et qui protégeaient leurs Frères de la Roture. Hérault se fit un beau pactole en publiant les indiscrétions de la Carton et les papiers saisis dans les Loges.

Le 6 avril 1737, Boucher, Intendant de Guyenne, dénonça les activités maçonniques de Montesquieu à Bordeaux, à la suite de quoi le Cardinal Fleury lui interdit de fréquenter les Loges, ce qui rassura Boucher et n'empêcha pas Montesquieu d'assister à ses tenues et de participer à la création de la première Loge Française de Bordeaux, en 1740 et dont le comte de Pontac devint Vénérable.

En juin 1747, Montesquieu séjourna au château de Lunéville, invité par le Roi de Lorraine Stanislas Leszinski qui l'admirait et qui protégeait la Loge de la Cour, et à laquelle appartenaient nombre de membres de sa famille, des gentilshommes et des ecclésiastiques lorrains, que Montesquieu rencontra lors de sa visite à la Loge.

Le 21 mars 1751 Montesquieu sera élu à l'Académie Stanislas de Nancy, mais il ne fit pas le voyage pour sa réception car atteint de la cataracte sa vue était déjà très faible.

ANNEXE N° 2 : Montesquieu, «correspondance inédite»

Extrait de la Revue d'Histoire Littéraire de la France n° 2 mars-avril 1982 - Lettre n° 27 pages 217 et 218*

Le duc de Richmond à Montesquieu A Chanteloup (1) ce 31 juillet (1735)

Puisque vous ne venez pas, mon cher président, nous voir en Angleterre, vous devriez au moins vivre un peu avec nous pendant que nous sommes en France. Faites donc graisser votre chaise, prenez la poste, et venez nous voir à Aubigny. C'est une affaire d'un jour et demi. La première nuitée vous pourrez coucher à Montargis, et le lendemain vous dînerez chez nous. Il faut continuer sur la route de Lyon jusqu'à une poste qu'on appelle les Bézards, et de là on vous mène droit à Aubigny (2). Ce n'est que neuf lieues, quoiqu'on vous fera payer sept postes. Ce n'est pas seulement moi, mais madame de Richmond et madame Hervey qui souhaitent aussi ardemment de vous voir. J'ai encore un autre raisonnement qui assurément vous tentera davantage de faire ce petit voyage. Sachez donc, mon très vénérable frère, que la maçonnerie est très florissante à Aubigny. Nous y avons une loge de plus de vingt frères. Ce n'est pas là tout : sachez enfin que le grand Belzébuth de tous les maçons, qui est le docteur Désaguliers (3), est actuellement à Paris, et doit venir au premier jour à Aubigny pour y tenir la loge. Venez-y donc, mon cher frère, au plus tôt recevoir sa bénédiction. Mais pour parler sérieusement et la maçonnerie par conséquent à part, vous nous obligerez infiniment, mon cher président, si vous voudriez nous y venir voir. J'y serai mercredi qui vient le 3 août et j'y resterai au moins trois semaines. Adieu, mon cher président. Mon amitié et mon attachement pour vous est inviolable.

Commentaire :

Autographe, non signée. Feuille double de 23,5 x 18,5 cm. Pas d'adresse. Marques d'une pliure en 4.
Charles Lennox, second duc de Richmond (1701-1780), est fréquemment mentionné dans la correspondance de Montesquieu. Des lettres qu'il adressa au philosophe, celle-ci est la seule qui nous soit parvenue. De même nous ne connaissons qu'une seule lettre de Montesquieu à Richmond : la réponse à la présente lettre a été publiée par R. Shackleton, French Studies, 1958, p. 328. Montesquieu décline l'invitation. La réponse est datée : « A Paris, ce 2 juillet 1735 », ce qui est évidemment impossible. Il convient de corriger : «2 août» Montesquieu écrivant au début d'un nouveau mois a par étourderie daté encore du mois précédent.

Notes :

* Nous remercions la famille d'Aux et son conseil M. le Bâtonnier P.A. Perrod qui nous autorisent à publier cette lettre, ainsi que M. René Pomeau, directeur de la Revue d'Histoire Littéraire de la France, auteur du Commentaire et des trois notes.
1. Château aujourd'hui disparu proche d'Amboise (il n'en subsiste que la Pagode). C'est à Chanteloup que Choiseul se retirera après sa disgrâce en 1770.
2. Les Bézards, au sud de Montargis. En continuant l'actuelle route D 940, qui traverse la Loire à Gien, on atteint Aubigny-sur-Nère, à 46 km des Bézards.
3. Désaguliers, protestant réfugié à Londres, était l'une des tètes de la franc-maçonnerie anglaise. Dans sa réponse Montesquieu s'exclame : «Soit le bien arrivé le docteur Désaguliers, la première colonne de la franc-maçonnerie. Je ne doute pas que sur cette nouvelle tout ce qui reste encore à recevoir en France de gens de mérite ne se fasse maçon».

LIENS EXTERNES

La ville de La Brède-Montesquieu décrit le Château et présente Montesquieu: http://www.labrede-montesquieu.fr/

L'office de tourisme de Montesquieu décrit le Château de la Brède et présente Montesquieu: http://www.otmontesquieu.com/

La Communauté de communes de Montesquieu décrit le Château de la Brède: http://www.cc-montesquieu.fr/

La technopole Montesquieu spécialisée notamment dans le Vin: http://www.technopole-bordeaux-montesquieu.com/

Montesquieu à Bordeaux : http://www.bordeaux-tourisme.com/fr/decouvrir/montesquieu.html

Le Château et les vins de la Brède : http://www.si-graves-montesquieu.fr/

D'autres Biographies de MONTESQUIEU

Des Lycées portent le nom de Montesquieu pour lui rendre hommage:

Le Lycée Montesquieu du Mans : http://montesquieu.e-lyco.fr/

Le Lycée Montesquieu d'Herblay : http://ent.lyc-montesquieu-herblay.ac-versailles.fr/

Le Lycée Montesquieu de Bordeaux : http://www.lycee-montesquieu.fr/

Le Lycée Montesquieu de Libourne : http://lyceemontesquieulibourne.com/

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