LE ONE CENT MAGENTA

Rédigé par Frédéric Fabre docteur en droit

Vendu 9,5 millions de dollars, chez Sotheby's, le 17 juin 2014, le timbre poste One Cent Magenta est devenu le timbre le plus cher du Monde. Le deuxième timbre le plus cher du monde est le Tre Skilling Jaune vendu 2 875 000 francs suisses en 1996.

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- A L'IMPRESSION DU ONE CENT MAGENTA

- AUX PROPRIETAIRES SUCCESSIFS

- A L'AUTHENTICITE DU ONE CENT MAGENTA

- AU TRE SKILLING JAUNE.

L'IMPRESSION DU ONE CENT MAGENTA

En 1831, un petit territoire coincé entre les actuels Brésil, Venezuela, Surinam et l’océan Atlantique est rebaptisé Guyane britannique. Il va faire partie de l’immense Empire de la reine Victoria. Comme beaucoup d’autres administrations coloniales britanniques, celle des postes dépend étroitement de Londres. Régulièrement, un bateau venu de Londres livre à Georgetown, la capitale du pays, les timbres dont la petite colonie a besoin.

La Guyane Britanique devient lors de son indépendance du 26 mai 1966, le Guyana.

Un beau jour de 1856, le bateau n’arrive pas et provoque une pénurie de timbres en Guyane britannique. Le responsable de la poste de Georgetown, E. T .E. Dalton, demande alors au journal local, The Official Gazette, de lui imprimer en urgence quelques planches de timbres sur ses presses.

Dans le jargon des philatélistes, il d'agit d'un « timbre local ». Leur utilisation fut très courte, le bateau anglais ayant fini par arriver. Du lot imprimé ce jour-là il existe surtout les Four-Cents rouges, qui servaient à l’affranchissement des lettres normales. « Aujourd’hui, ces Four-Cents sont recherchés et valent quelques milliers d’euros, mais on en trouve encore », confie Jean-François Brun.

Ce timbre est rouge, rectangulaire, sans dents, un voilier dessiné en son centre, frappé de la devise latine Damus Petimus Que Vicissim (Nous donnons et attendons en retour).

En revanche, il n'existe qu'un seul exemplaire imprimé par The Official Gazette et portant la valeur faciale de 1 cent. Il s’agirait d’un tarif préférentiel destiné à envoyer les journaux aux abonnés. Comme tous les timbres imprimés ce jour-là, il a été contresigné à la main par un fonctionnaire des postes local pour lui conférer un statut officiel. Il a mis ses initiales « EDW », barrant le dessin du voilier.

The Postage Stamps, publié par la Philatelic Society of London en 1891, identifier cet E. D. W. Il s’agit d’E. D. Wight, fonctionnaire colonial de la poste. L’oblitération fait apparaître le nom de Demerara, petite ville de la Guyane britannique, et la date du 4 avril 1856.

LES PROPRIETAIRES SUCCESSIFS

- Un enfant de 12 ans le découvre

Le premier propriétaire du petit octogone magenta est Vernon Vaugham, un collégien écossais de 12 ans vivant à Demerara. Il le découvre en 1873 parmi des lettres de son oncle.

- Un collectionneur local l'achète 6 shillings.

Le jeune garçon le vend à un collectionneur local, N. R. McKinnon pour 6 shillings…

- La collection est vendue 120 livres à un marchand de timbres de Liverpool.

En 1878, le One-Cent traverse l’Atlantique. La collection de McKinnon est cédée, pour 120 livres sterling de l’époque, à un marchand de timbres de Liverpool, Thomas Ridpath qui a flairé la bonne affaire.

- Le comte Philippe  la Renotière Von Ferrary achète le timbre pour 150 livres.

Le comte Philippe la Renotière von Ferrary (1850-1917), est le fils du duc de Galliera et  actionnaire principal des Chemins de fer Paris-Lyon-Marseille et fondateur du Crédit immobilier de France. Il vit dans le pavillon de droite de l’hôtel Matignon, propriété de ses parents. Le bâtiment ne deviendra la résidence du chef du gouvernement qu’en 1935.

Ce noble richissime et oisif, filleul du comte de Paris, est sans doute le plus grand collectionneur de timbres de tous les temps. Il sillonne l’Europe à la recherche de timbres rares. Il est prêt à débourser des sommes folles. Des marchands fabriquaient des faux à son intention, rebaptisés « ferrarités ». Il achète le One-Cent Magenta dès 1878 pour 150 livres. Il va le conserver précieusement pendant près de quarante ans.

- Le Musée postal de Berlin hérite du timbre par testament.

A la mort de son père, le comte Philippe la Renotière von Ferrary est adopté par un Autrichien de la même famille, le comte de la Renotière von Kriegsfeld. Celui-ci veut léguer sa fortune sans payer trop de droits de succession à l'Etat Autrichien.

Le comte Philippe la Renotière von Ferrary prend la nationalité autrichienne et, fait don, par testament, de sa collection de timbres au Musée postal de Berlin. Survient la Première Guerre mondiale. Von Ferrary se réfugie en Suisse, où il meurt le 20 mai 1917. Il n’a pu emporter avec lui sa collection, qui dort toujours dans un coffre de l’hôtel Matignon.

- Le Timbre est saisi par la France au titre des dommages de guerre

En 1918, l’Etat français saisit la collection de timbres, au titre des dommages de guerre. Le One-Cent Magenta est placé sous séquestre. Pour renflouer le budget de l'Etat, le gouvernement décide alors de disperser les biens de von Ferrary aux enchères. « Pensez qu’il faudra 14 ventes à Paris, étalées entre 1921 et 1926, pour écouler sa fabuleuse collection, raconte Jean-François Brun. Et encore : aujourd’hui, avec une seule de ces ventes, vous en feriez dix ! »

- Le marchand de timbres Hugo Griebert achète le timbre 35 000 dollards pour Arthur Hind

Le One-Cent Magenta passe lors de la troisième vente, le 6 avril 1922. Lot 295. Le grand marchand de timbres Hugo Griebert lève la main et fait monter les enchères jusqu’à 35 000 dollars. Il a agi pour le compte d’un tiers, Arthur Hind, immense collectionneur new-yorkais qui a fait fortune dans les fournitures pour automobiles.

Une rumeur invérifiable prétend que Hind serait parvenu à acheter un second One-Cent Magenta et qu’il l'aurait brûler pour préserver la valeur du premier. A sa mort, en 1933, sa collection de timbres est censée aller à sa succession, mais sa veuve prétend que son mari lui avait offert le One-Cent Magenta avant de mourir. Elle obtient gain de cause et revend le timbre au département philatélie des célèbres magasins Macy’s, en 1940.

- Frederick T. Small achète le timbre en 1940

Les magasins Macy’s, le cèdent immédiatement à Frederick T. Small, riche ingénieur australien passionné par les timbres du Guyana. Il vit en Floride et le conserve durant trente ans.

- Irwin Weinberg Stamp Consortium achète le timbre pour 280 000 dollars en 1970.

Frederick T. Small décide finalement de vendre sa collection aux enchères, en 1970. Des investisseurs de Pennsylvanie, réunis sous la bannière de l’Irwin Weinberg Stamp Consortium, l’achètent pour 280 000 dollars. C'est un nouveau record. Le One-Cent Magenta. est proposé à la revente.  « Ils le promenaient dans toutes les grandes expositions internationales de timbres avec l’espoir de le vendre, se souvient Jean-François Brun. C’est ainsi que j’ai pu le voir, en 1976, à Philadelphie. »

- John Eleuthère du Pont achète le timbre en 1980 pour 935 000 dollars.

John Eleuthère du Pont aime les oiseaux, les timbres et la lutte gréco-romaine. Milliardaire légèrement excentrique, il se prenait pour Jésus ou le dalaï-lama. Ce descendant de la famille du Pont de Nemours du groupe de chimie américain, crée le muséum d’Histoire naturelle du Delaware, constitue l’une des plus phénoménales collections de philatélie du monde et installe dans sa propriété de Pennsylvanie un centre d’entraînement pour sportifs de haut niveau. Parmi ses pensionnaires, il a comme invité Dave Schultz, médaille d’or de lutte aux Jeux olympiques de 1984.

Le 26 janvier 1996, John E. du Pont tire à trois reprises sur Schultz avec un 44 Magnum. L’année suivante, il est condamné à trente ans de prison pour meurtre. Il intègre le pénitencier de Laurel Highlands, où on le retrouve mort, dans sa cellule, à l'âge de 72 ans en 2010.

- Le timbre est vendu le 17 juin 2014 pour 9,5 millions de dollars.

Les gestionnaires du patrimoine de John E. du Pont, mettent le timbre en vente. La succession du Pont décide de confier la Monna Lisa de la philatélie à Sotheby’s, qui l'estime entre 10 et 20 millions de dollars. Le timbre n'avait pas été vu en public depuis 1986, mais avant sa vente, Sotheby's l'a exposé à Londres, Hong Kong et New York.

Le 17 juin 2014, un acheteur anonyme a dépensé 9,5 millions de dollars pour ce timbre à peine visible.

AUTHENTICITE DU ONE CENT MAGENTA

Un mystère demeure. Pourquoi un seul One-Cent, a été retrouvé alors que les Four-Cents sont plus nombreux ? Pourquoi les quatre angles de ce timbre, ont été coupés pour lui donner cette forme octogonale reconnaissable entre toutes ? Le timbre le plus cher du monde serait-il un faux soit un Four-Cents maquillé en One-Cent ?

En 1891, dans son ouvrage The Postage Stamps, le grand expert E. D. Bacon écrit : «Le timbre est en mauvais état, de couleur magenta foncé et quelque peu usé. (-) Des doutes ont été exprimés plus d’une fois à propos de la valeur faciale de ce timbre. J’ai eu l’occasion de l’examiner longuement chez M. von Ferrary, lors de l’un de mes passages à Paris, et je peux affirmer que ce spécimen de One-Cent est authentique.»

Le 17 octobre 1935, la Royal Philatelic Society de Londres, l’association la plus respectée au monde, lui accorde le certificat d’authenticité n°18 796.

Le 17 mars 2014, Sotheby’s décide de soumettre à nouveau le petit octogone magenta aux experts de Sa Très Gracieuse Majesté. Les six experts utilisent le VSC 6000, une machine destinée à détecter les faux papiers. Elle peut lire notamment, les infrarouges et les ultraviolets. Les experts découvrent, à son verso, un imperceptible tampon en forme de trèfle, sorte d’ex-libris laissé par von Ferrary, une minuscule étoile filante, symbole choisi par Frederick T Small, une signature au stylo d’Irwin Weinberg et une autre de John Eleuthère du Pont. Le timbre est considéré comme authentique.

La Royal Philatelic Society de Londre précise : « A été repeint, sans doute lors de son passage dans la collection Ferrary, ce qui a atténué l’impression d’usure. ». Par conséquent, une deuxième couche de peinture aurait été apposée par von Ferrary et aurait traversé le papier.

Pourquoi la peinture n’aurait-elle pas aussi traversé le pourtour du timbre ? C’est dans ces marges que figure la mention “One Cent”, qui donne la valeur du timbre. Un Four-Cents aurait il été transformé en One-Cent ? Réponse sans appel des experts londoniens : «Le timbre n’a clairement pas été maquillé et le grain du papier est le même sur toute sa surface.»

LE TRE SKINNING JAUNE

Le tre skilling jaune est une variété de la première émission de timbre-poste en Suède. Existant en un seul exemplaire, ce timbre est le second timbre le plus cher du monde En 1996, il a été vendu pour 2 875 000 francs suisses

L'EMISSION DU TIMBRE

En 1855, la Suède émet ses premiers timbres-poste dentelés : cinq valeurs représentant les armes de Suède et portant les mentions : « SVERIGE » en haut entouré de la valeur en chiffre arabe, « FRIMARKE » sur les deux côtés, et « TRE SKILL Bco » pour la valeur faciale. Les valeurs et couleurs sont les suivantes :

De 1858 à 1870, le même figuré a servi avec six nouvelles faciales exprimées en öre (avec 100 öre pour 1 riksdaler).

LA CAUSE DE LA VARIETE UNIQUE

La cause de l'erreur de couleur de cet exemplaire du 3 skilling n'est pas vraiment connue. Une erreur de couleur est possible : l'imprimeur aurait imprimé des feuilles de 3 skilling avec de l'encre jaune. Mais, à 100 timbres par feuille, l'erreur aurait été certainement vite remarquée.

L'explication la plus plausible est la réparation d'un cliché d'une plaque d'impression du 8 skilling jaune. Les plaques d'impression étaient constituées de 100 clichés pour imprimer des feuilles de cent timbres soit 10 en longueur et 10 en hauteur. Un des cent clichés du 8 skilling a pu être usé ou cassé, et a été remplacé involontairement par un cliché du 3 skilling.

Malgré d'intensives recherches à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, aucun autre exemplaire ne fut découvert. Le timbre est alors soupçonné d'être un faux. En 1975, en employant des techniques scientifiques avancées, le Treskilling Jaune est définitivement déclaré comme authentique.

LES PROPRIETAIRES SUCCESSIFS

En 1885, un petit garçon de 14 ans nommé Georg Wilhelm Bachman avait la permission de sa grand-mère de décoller les timbres de ses enveloppes et de les vendre pour avoir de l’argent de poche. Parmi tous les timbres qu’il apporta à Monsieur Heinrich Lichtenstein, philatéliste, était un petit timbre jaune de 3 skilling, décollé d'une enveloppe postée le 13 juillet 1857.

Le collectionneur fut très surpris. Il savait que tous les timbres de 3 skilling étaient imprimés en vert, et non jaunes. Le petit Georg a été  heureux de recevoir 7 Krona pour son timbre jaune.

En 1890, Monsieur Lichtenstein le vend 300 Krona à Sigmund Friendl.

En 1894, Sigmund Friendl le vend au comte Philippe la Renotière von Ferrary pour la somme de 4000 florins.

A la mort de son père, le comte Philippe la Renotière von Ferrary est adopté par un Autrichien de la même famille, le comte de la Renotière von Kriegsfeld. Celui-ci veut léguer sa fortune sans payer trop de droits de succession à l'Etat Autrichien.

Le comte Philippe la Renotière von Ferrary

Le comte Philippe la Renotière von Ferrary prend la nationalité autrichienne et, fait don, par testament, de sa collection de timbres au Musée postal de Berlin. Survient la Première Guerre mondiale. Von Ferrary se réfugie en Suisse, où il meurt le 20 mai 1917. Il n’a pu emporter avec lui sa collection, qui dort toujours dans un coffre de l’hôtel Matignon qu'il habitait.

En 1918, l’Etat français saisit la collection de timbres, au titre des dommages de guerre. Pour renflouer le budget de l'Etat, le gouvernement décide alors de disperser les biens de von Ferrary aux enchères. Le baron suédois Eric Leijonhufvud l'acquit pour 35 250 francs français.

En 1926, Monsieur Claes A. Tamm l'achète pour 1 500 livres sterling.

En 1937, le roi Charles II de Roumanie l'achète aux enchères pour 5 000 livres.

En 1950, Rene Berlingen ne divulgue pas la somme qu'il débourse pour l'acheter.

En 1984, David Feldman le vend pour 977 500 francs suisses.

En 1990, il le revend pour plus de un million de dollars.

En 1996, il est vendu à nouveau chez Feldman, pour 2 875 000 francs suisses. Le dernier détenteur en date était était une banque suisse qui l'avait reçu au titre de garantie

En mai 2010, une banque suisse reçoit le timbre en garantie et devient propriétaire. Il est vendu à nouveau chez Feldman aux enchères entre deux participants tenus au secret.

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