JEAN PAUL SARTRE

"L'homme est condamné à être libre" Sartre

"Jean Paul Sartre (1905-1980) a élaboré une philosophie libérale alors qu'il était fasciné par le marxisme"
Frédéric Fabre

BIOGRAPHIE DE JEAN PAUL SARTRE

Le 21 juin 1905, Jean-Paul-Charles-Aymard-Léon-Eugène Sartre naît à Paris dans une famille bourgeoise. Son oncle est polytechnicien, son père est un militaire, sa mère est la cousine du célèbre Albert Schweitzer.

1906: Son père meurt de la fièvre jaune.

De 1907 à 1917, le petit «Poulou», va vivre avec sa mère chez les parents de celle-ci. Son grand-père, Charles Schweitzer, homme à la personnalité imposante, l’éduque avant qu’il entre à l’école publique à 10 ans. Il y passe 10 années heureuses. Le petit Poulou est adoré, choyé, félicité tous les jours, ce qui va lui donner  confiance en lui. Dans la grande bibliothèque de la maison Schweitzer il découvre très tôt la littérature, et préfère lire plutôt que de fréquenter les autres enfants.

1915: Il entre à l'école publique.

1917: Sa mère se remarie avec Joseph Mancy, polytechnicien et ingénieur de la marine. Sartre le hait. L'enfant doit partager avec le nouveau mari une mère qui était auparavant sa propriété exclusive. Le nouveau couple doit s'installer à la Rochelle. Sartre entre au collège et connait la réalité des collégiens violents et cruels.

1920: Sartre quitte son calvaire de La Rochelle pour se faire soigner sur Paris. Soucieuse de son éducation, sa mère décide de l'y faire rester.

1922: Sartre commence à se construire une personnalité. Pour l’ensemble de la «classe d’élites» avec option latin et grec dans laquelle il étudie, Sartre devient le SO, c'est-à-dire le «satyre officiel». Il excelle dans la facétie et la blague. Dernière image des années lycéennes, Sartre et Nizan, ivres, joyeux de fêter leur facile succès au baccalauréat, auraient vomi sur les pieds du proviseur du lycée Henri-IV, à moitié sous l'effet des circonstances, à moitié par provocation.

1924: Après deux années de préparation au lycée Louis-le-Grand, les deux camarades intègrent l'école normale supérieure, dans la promotion de Raymond Aron.

1925-1928: Sartre reste en effet le redoutable instigateur de toutes les plaisanteries, de tous les chahuts, allant jusqu’à provoquer un scandale en jouant avec ses amis un sketch antimilitariste dans la revue de l’ENS de 1927, après lequel, Gustave Lanson, directeur de l'école, sera contraint de démissionner. La même année, il signe avec ses condisciples, la pétition parue le 15 avril dans la revue Europe, contre la loi sur l’organisation générale de la nation pour le temps de guerre qui abroge toute indépendance intellectuelle et toute liberté d'opinion.

Sartre cultive son goût pour la provocation et le combat contre l’autorité morale. Il acquiert ainsi une grande notoriété parmi ses professeurs et se fait ovationner dans chacune de ses arrivées au réfectoire. Si Sartre est volontiers un boute-en-train, c’est aussi un grand travailleur, dévorant plus de 300 livres par an, écrivant chansons, poèmes, nouvelles et romans. Sartre se fait des amis qui deviendront par la suite célèbres, comme Raymond Aron ou Merleau-Ponty.

1928: Sartre échoue au concours d'agrégation de philosophie auquel Raymond Aron est classé premier. Sartre dira lui-même avoir fait preuve de trop d’originalité.

1929: Préparant avec sérieux, le concours pour la seconde fois, il rencontre dans son groupe de travail Simone de Beauvoir, présentée par un ami commun, André Herbaud, qui la surnomme "castor", par référence à l'anglais "beaver" qui signifie "castor". D'une part, cet animal symbolise le travail et l’énergie, de l'autre la sonorité du mot "beaver" est proche de celle du nom "Beauvoir". Ce surnom sera adopté par Sartre et elle deviendra sa compagne jusqu'à la fin de sa vie. Elle sera son "amour nécessaire" en opposition aux "amours contingentes" qu’ils seront amenés à connaître tous deux. Sartre est reçu premier au concours d'agrégation à la deuxième tentative, Simone de Beauvoir remporte la seconde place.

1930: Il fait son service militaire.

1931-1933:  Alors qu'il rêvait d'être envoyé au Japon, il est nommé au Lycée François 1er du Havre et connait la vie rangée d'un professeur de province. Sartre choque quelque peu les parents et les professeurs par ses manières dont notamment, le fait d'arriver en classe sans cravate, mais il séduit cinq générations d’élèves, pour qui, il est un excellent professeur, chaleureux, respectueux, et souvent un ami.

1933-1934:  Il prend la succession de Raymond Aron à l’Institut français de Berlin où il complète son initiation à la phénoménologie de Husserl.

1934-1936: Sartre retourne à son poste de professeur au Havre.

1937: Il est nommé à l'école normale d'instituteurs de Laon puis au lycée Pasteur de Neuilly où il fait la connaissance de Robert Merle nommé comme professeur d'anglais dans le même lycée.

1938: Après deux échecs, un livre est publié chez Gallimard,  La Nausée, roman philosophique et quelque peu autobiographique, racontant les tourments existentiels d'Antoine Roquentin, célibataire de 35 ans et historien à ses heures.

1939: Il publie le Mur. Dans la NRF, il écrit une vive crique contre Mauriac qui en fera une dépression: "Dieu n'est pas un artiste, Monsieur Mauriac non plus".

Incorporé le 3 septembre, le soldat Sartre, chargé des sondages météorologiques, passe ses longs moments de loisirs à lire et à écrire quotidiennement. Tout en entretenant une abondante correspondance, avec le Castor, il termine le premier volume des Chemins de la liberté et, surtout, commence un journal de guerre. Il remplira quinze carnets de septembre 1939 à mars 1940 durant "la drôle de guerre".

1940: Le 21 juin, Sartre est fait prisonnier à Padoux dans les Vosges. Il est transféré dans un camp de détention en Allemagne de 25 000 détenus. Son expérience de prisonnier le marque profondément. Elle lui enseigne la solidarité avec les hommes. Loin de se sentir brimé, il participe à la vie communautaire. Il raconte histoires et blagues à ses copains de chambrée, participe à des matchs de boxe, écrit et met en scène une pièce pour la veillée de Noël. Dorénavant, il ne sera plus individualiste et anarchiste mais s'intéressera et participera à la vie en communauté.

1941: En mars, Sartre est libéré grâce à un faux certificat médical. Sa nouvelle volonté d'engagement l'amène, dès son retour à Paris, à agir en fondant le mouvement résistant « Socialisme et liberté » avec certains de ses amis, dont Simone de Beauvoir et Merleau Ponty.

En juin, le mouvement de Sartre compte une cinquantaine d'adhérents mais son mouvement reste un mouvement d'intellectuels et son activité se limite à l''impression et la distribution de tracts. Sartre et ses amis manquent plusieurs fois de se faire arrêter.

Le 21 juin, René Delange fonde la revue Comoedia contrôlée par la Propaganda-Staffe. Sartre y publie plusieurs articles.

Durant l'été, il traverse la province à vélo pour tenter en vain d’étendre le mouvement hors de la capitale et de rallier d’autres intellectuels comme Gide ou Malraux.

En octobre, Sartre est affecté au lycée Condorcet sur le poste de professeur de khâgne en remplacement de Ferdinand Alquié. Ce poste était initialement occupé par le professeur Henri Dreyfus-Le Foyer jusqu'en 1940. Il a été évincé en raison de sa qualité de juif. Ce fait révélé en octobre 1997 par Jean Daniel dans un éditorial du Nouvel observateur sera reproché à Sartre. Ingrid Galster se pose la question de la qualité de l'engagement de Sartre et remarque «qu'il l'ait voulu ou non voulu,  objectivement, il profitait des lois raciales de Vichy.»

En décembre, après l’arrestation de deux camarades, le groupe « Socialisme et liberté » se dissout.

1942: Malgré la dissolution du groupe « Socialisme et liberté », Sartre ne renonce pas pour autant à la résistance qu'il continue par la plume.

1943: Il fait jouer, une pièce qu’il a composée, Les Mouches, reprenant le mythe d’Électre et que l’on peut interpréter comme un appel à résister. C'est lors de la Première qu'il fait la connaissance de Camus. En cette période d'occupation, la pièce n'a pas le retentissement escompté : salles vides, représentations interrompues plus tôt que prévu. Pour Jean Amadou, cette représentation est plus ambiguë : « En 1943, dans l'année la plus noire de l'Occupation, il fit jouer à Paris Les Mouches. C'est-à-dire qu'il fit très exactement ce que fit Sacha Guitry, donner ses pièces en représentation devant un parterre d'officiers allemands, à cette différence qu'à la Libération, Guitry fut arrêté alors que Sartre fit partie du Comité d'épuration, qui décidait quel écrivain avait encore le droit de publier et quel autre devait être banni. André Malraux qui, lui, avait risqué sa vie dans la Résistance, ne se crut pas autorisé pour autant à faire partie de ce tribunal autoproclamé. » Michel Winock estime que « ce fut la rouerie de Sartre de transformer un échec théâtral en bénéfice politique ».

La même année, il publie L'Être et le Néant, où il fait le point et approfondit les bases théoriques de son système de pensée.

1944: En mai, il fait joué une pièce écrite en quelques jours, Les Autres, qui deviendra Huis clos. Il rencontre un franc succès.

En juin 1944: Sartre est recruté par Camus pour le réseau résistant Combat. Il devient reporter dans le journal du même nom, et décrit dans les premières pages, la libération de Paris. Là commence sa renommée mondiale.

1945: En janvier, il est envoyé aux États-Unis pour écrire une série d'articles pour Le Figaro, et y est accueilli comme un héros de la résistance. Il publie les deux premiers tomes des Chemins de la liberté soit L'âge de raison et Le Sursis.

Il fonde notamment avec Simone de Beauvoir, Merleau-Ponty et Raymond Aron, la revue nommée Les Temps modernes. Dans le long éditorial du premier numéro, il pose le principe d'une responsabilité de l'intellectuel dans son temps et d'une littérature engagée. Pour lui, l'écrivain est dans le coup « quoi qu'il fasse, marqué, compromis jusque dans sa plus lointaine retraite (…) L'écrivain est en situation dans son époque. » Sartre connaît alors un succès et une notoriété importante. Il va pendant plus d'une dizaine d’années, régner sur les lettres françaises.

En octobre, Sartre organise sa célèbre conférence où une foule immense tente d'entrer dans la petite salle qui a été réservée à Saint-Germain-des-Prés. Les gens se bousculent, des coups partent, des femmes s'évanouissent ou tombent en syncope. Sartre y présente un condensé de sa philosophie, l’existentialisme, qui sera retranscrite dans "L'existentialisme est un humanisme". Sa publication, par l'éditeur Nagel, est faite à l'insu de Sartre qui juge la transcription ex abrupto, nécessairement simplificatrice, peu compatible avec l'écriture et le travail du sens que celle-ci implique. Sartre veut à l'époque se rapprocher des marxistes, qui rejettent une philosophie de la liberté radicale, susceptible d'affaiblir les certitudes indispensables au militant.

1946: Saint-Germain-des-Prés, lieu où habite Sartre, devient le quartier de l'existentialisme, en même temps qu'un haut lieu de vie culturelle et nocturne. Dans des caves enfumées, les zazous font la fête en écoutant le jazz et en allant au café-théâtre. Boris Vian devient l'idole des jeunes qui rejettent le pétainisme de leurs parents et qui imitent  les anglais et les américains. L'existentialisme, qui clame la liberté totale, ainsi que la responsabilité totale des actes de l'homme devant les autres et devant soi-même, se prête parfaitement au climat d'après-guerre où se mêlent fête et mémoire des atrocités. L'existentialisme devient donc un véritable phénomène de mode, plus ou moins fidèle aux idées sartriennes, et par l'ampleur de laquelle, l'auteur semble un peu dépassé. Il fait jouer La putain respectueuse.

1947: Sartre se rapproche des marxistes sans donner ses faveurs au parti communiste français aux ordres de l'URSS. Il soutient Richard Wright, un écrivain noir américain ancien membre du Parti communiste américain exilé en France. Il publie "Qu'est ce que la littérature ?" et un essai sur Baudelaire.

1948: Dans sa revue Les temps modernes, il prend position contre la guerre d'Indochine, s'attaque au gaullisme et critique l'impérialisme américain. Il ira jusqu'à affirmer, dans cette même revue, que «tout anti-communiste est un chien». Sartre décide de traduire sa pensée en expression politique et participe à la fondation d'un nouveau parti politique, le Rassemblement démocratique révolutionnaire (RDR). Il fait représenter Les mains sales. Il prend aussi position en faveur des mouvements indépendantistes marocains et tunisiens. Il fait jouer Les Mains sales avec succès.

1949:  Malgré le succès de quelques manifestations, le RDR n’atteindra jamais un effectif suffisant pour devenir un véritable parti. Sartre donne sa démission dès octobre. Il publie le troisième tome des Chemins de la liberté, La mort dans l'âme.

1951: Il fait jouer Le Diable et le Bon Dieu.

1952: Il rompt avec Camus qui publie L'homme révolté. Sartre devient un compagnon de route du Parti communiste, Camus refuse de le rejoindre. Pour Camus, l'idéologie marxiste ne doit pas prévaloir sur les crimes staliniens, alors que pour Sartre, les crimes ne doivent pas être utilisés comme prétexte à l'abandon de l’engagement révolutionnaire.

1953: Sartre signe "L'affaire Henri Martin" en faveur d'un marin militant du Parti communiste français arrêté pour acte de sabotage en faveur du Viêt Minh en 1950. Le «traître» est alors libéré.

1954: Il rompt avec Merleau-Ponty et son élève Claude Lefort. Merleau-Ponty veut s'éloigner du Parti communiste et veut publier ses positions politiques dans la Revue Les Temps Modernes. Sartre refuse et choisit la rupture. Il fait son premier voyage en URSS. Il adapte au théâtre Kean d'Alexandre Dumas.

1956: Les chars soviétiques entrent à Budapest en automne. Jean Paul Sartre ne l'admet pas. Le 9 novembre, il accepte une longue interview au journal mendésiste l'Express pour se démarquer de manière théâtrale du parti communiste.

Sartre et la revue Les Temps modernes prennent parti contre l'Algérie française et soutiennent le désir d'indépendance du peuple algérien. Sartre s'élève contre la torture, revendique la liberté pour les peuples de décider de leur sort, analyse la violence comme une gangrène produit du colonialisme. La revue sera saisie cinq fois.

1957: Kean est adapté au cinéma par Vittorio Gassman.

1958: En avril, Sartre adresse avec Malraux, Mauriac et Roger Martin du Gard, une lettre au Président de la République René Coty pour condamner l'emploi de la torture en Algérie.

1960: L'influence de l'existentialisme semble diminuer. L'influence de Sartre sur les lettres françaises et l'idéologie intellectuelle diminue peu à peu face aux structuralistes comme l'ethnologue Lévi-Strauss, le philosophe Foucault ou le psychanalyste Lacan. Le structuralisme conteste la place pour la liberté humaine et considère que chaque homme est imbriqué dans des structures qui le dépassent et sur lesquelles il n'a pas prise. Sartre ne discute pas le structuralisme. Il préfère s'occuper de son projet personnel qui est l'analyse du XIXe siècle, de la création littéraire, et surtout l'étude d'un auteur qui l'a toujours fasciné, Gustave Flaubert.

Il défend la révolution cubaine et se rend à Cuba où il rencontre Che Guevara et Fidel Castro. Il publie seize articles dans France Soir en faveur de la Révolution.

Lors du procès des réseaux français de soutien au FLN, Sartre qui se trouve alors au Brésil, fait parvenir une lettre, en réalité écrite avec son accord, par l'équipe des Temps modernes, dans laquelle il se déclare "porteur de valises" et affirme son entière solidarité avec les inculpés. Lue à la barre par Roland Dumas, le défenseur du "réseau Jeanson", cette lettre provoque un véritable scandale et fait de Sartre la "bête noire" des tenants de l'Algérie française. Il signe le manifeste des 121 sur le droit à l'insoumission contre le service militaire en Algérie.

Il publie La Critique de la raison dialectique et les Séquestrés d'Altona.

1961: L'appartement de Sartre est plastiqué une première fois par l'OAS. Sartre n'en continue pas moins son combat. Il participe à de nombreuses manifestations et témoigne à des procès. Jusqu'à la fin des hostilités, il ne cessera de lutter contre l'oppression coloniale et pour l'indépendance de l'Algérie.

La santé de Sartre se détériore rapidement. Il est prématurément usé par sa constante suractivité littéraire et politique, usé par le tabac et l'alcool qu'il consomme en grandes quantités, ainsi que les drogues qui le maintiennent en forme notamment les amphétamines.

1962: L'appartement de Sartre est plastiqué une première fois par l'OAS.

1963: Il publie Les Mots pour se raconter.

1964: Il refuse le Prix Nobel de Littérature car, selon lui, «aucun homme ne mérite d’être consacré de son vivant». Il parraine avec Pierre Mendes France le journal Le Nouvel Observateur.

1967: Il devient ambassadeur de la paix en se rend en Égypte et en Israël afin d'ouvrir un dialogue entre les intellectuels israéliens et égyptiens. Au cours de multiples conférences, il défend le droit au retour des Palestiniens et le droit d'Israël à exister en qualité de nation.

1968: Il prend position en faveur des étudiants lors des évènements de mai et devient un militant actif, se faisant l'écho de la révolte dans la rue, sur les estrades, dans les journaux et jusqu'aux portes des usines en grève. Il interviewe le leader Daniel Cohn-Bendit dans le Nouvel Observateur. Il se rend à la Sorbonne investie par les étudiants, afin de discuter avec eux. Il devient le directeur du journal estudiantin "interluttes" pour que le quotidien ne soit pas saisi. Il dénonce ensuite les «élections pièges à cons» de de Gaulle.

En Europe, il condamne fermement l'intervention soviétique contre le Printemps de Prague en Tchécoslovaquie.

1970: En mars, les directeurs de La Cause du peuple, Jean-Pierre Le Dantec et Michel Le Bris sont successivement arrêtés sous l'inculpation de crime contre la sûreté de l'État. Le journal qui prône la violence anti-policière et anti-patronale, est régulièrement saisi. Des militants maoïstes viennent alors demander à Sartre de les aider à assurer la survie de leur journal. Sartre accepte et entame une nouvelle période d'actions aux cotés des militants de la Gauche prolétarienne. Il vend La Cause du peuple dans la rue, prend la parole devant les usines Renault à Boulogne-Billancourt. Il pénètre dans les ateliers de l'île Seguin dont il est expulsé manu militari et se fait embarqué par la police pour avoir ouvertement vendu le journal interdit, sans toutefois être inculpé.

1971: Il rompt avec Fidel Castro lorsque le poète cubain Heberto Padilla est emprisonné pour avoir critiqué le régime castriste. Il dit du leader Cubain «Il m’a plu, c’est assez rare, il m’a beaucoup déplu.»

Le 18 mai, Sartre est victime d'une attaque. De plus en plus fatigué et usé, Sartre continue la lutte et décide de devenir le directeur du journal La Cause du peuple, afin de le protéger. Il fera de même avec deux autres journaux maoïstes, Tout ! et Révolution ! Il publie les deux premiers tomes de l'Idiot de la famille consacré à son écrivain préféré, Flaubert.

1972: En mars, même s'il approuve officiellement l'enlèvement et la séquestration pendant quarante-huit heures d'un agent de la Régie Renault par le groupe maoïste clandestin la Nouvelle résistance populaire, Sartre commence à prendre ses distances avec l'ouvriérisme sommaire et la violence de La Cause du peuple.

En mai de la même année, il critique les propos extrêmement violents rapportés par le journal à l'encontre du notaire accusé du crime de Bruay-en-Artois.

Il publie le troisième tome de l'Idiot de la famille sur Flaubert.

1973: Sartre va lancer avec Serge July, Philippe Gavi, Bernard Lallement et Jean-Claude Vernier, un quotidien populaire, Libération. Le premier numéro paraît le 22 mai, marquant ainsi l'aboutissement d'un des derniers grands combats de Sartre. Il publie Un Théâtre de situations.

Le 5 mars, une seconde attaque lui laisse la vie sauve, mais lui enlève presque totalement la vue. Sartre entre dans ses années d'ombre. Déjà diminué, il est alors contraint de décider «librement» que son œuvre est achevée, et ne finira donc jamais le tome IV de son Flaubert. Il continue néanmoins, à penser et à produire. Il engage comme secrétaire un jeune normalien, Benny Lévy qu'il avait connu lorsque ce dernier dirigeait le groupe maoïste La Gauche prolétarienne.

1974: Le 24 mai, atteint de démence vasculaire, il démissionne de la direction du journal Libération. Pendant toute cette période il se lie avec divers autres mouvements gauchistes et féministes, prêtant volontiers son nom afin de les aider.

1976: Il accepte le seul titre honorifique de sa carrière, celui de docteur honoris causa de l'Université de Jérusalem qui lui est remis à l'ambassade d'Israël à Paris. Il accepte ce titre pour des raisons politiques afin de créer une «liaison entre le peuple palestinien que je soutiens et Israël dont je suis l'ami.»

1977: Lors de la rencontre entre le chef d'Etat de l'URSS, Brejnev et le Président de la République française Valéry Giscard d'Estaing à Paris, Sartre organise au même moment une rencontre avec des dissidents soviétiques. Ce soir-là, pour Sartre entouré de Michel Foucault, Gilles Deleuze, André Glucksmann, Simone Signoret et bien sûr Simone de Beauvoir, il y eut 105 radios et télévisions venues du monde entier, bien plus qu'à l'Élysée pour Brejnev.

1978: Sartre adhère, avec Simone de Beauvoir, au comité de soutien à l'ayatollah Khomeiny, lorsque celui-ci est reçu en exil à Neauphle-le-Château, comme opposant principal au régime impérial du Shah.

1979: Il participe à un colloque organisé chez Michel Foucault réunissant des intellectuels israéliens et palestiniens dont les Temps modernes publieront les actes sous le titre "La paix maintenant ?"

Accompagné de son meilleur ennemi, Raymond Aron, et du jeune philosophe André Glucksmann, Sartre plus diminué que jamais se rend à l'Élysée pour demander à Valéry Giscard d'Estaing d'accueillir des réfugiés d'Indochine qui se noyaient par centaines en tentant de quitter le Viêt Nam à bord de boat people. Indépendamment des différences d'opinion politique auxquelles il attache désormais moins d'importance, Sartre affirme au crépuscule de sa vie l'exigence de sauver des vies partout où elles sont menacées.

1980: Atteint d'urémie, Jean-Paul Sartre meurt le 15 avril à l'Hôpital Broussais. Ses obsèques ont lieu le 19 avril et rassemblent une foule immense. Un cortège de près de 50 000 personnes, suit son enterrement au cimetière du Montparnasse. Un jeune homme déclare à son père en fin de journée «Je suis allé à la manif contre la mort de Sartre».

Le 14 avril 1986, Simone de Beauvoir a été inhumée à ses côtés. Sur la tombe, une plaque porte cette simple inscription «Jean-Paul Sartre, 1905-1980».

Parutions posthumes :
Cinq des Carnets de la drôle de guerre (1983)
Cahiers pour une morale (1983)
Lettre au Castor et à plusieurs autres (1983)
Les Carnets de la drôle de guerre (1983),
Vérité et Existence (1989).

L'EXISTENCE PRECEDE L'ESSENCE

Dans la conférence intitulée L'Existentialisme est un humanisme, du 29 octobre 1945, Sartre développe l'idée que l'homme n'ayant pas de nature définie a priori, il est libre de se définir lui-même par son projet. «Qu'est-ce que signifie ici que l'existence précède l'essence ? Cela signifie que l'homme existe d'abord, se rencontre, surgit dans le monde, et qu'il se définit après».

Sartre rattache la liberté de l'homme au fait que Dieu n'existe pas, reprenant en un sens positif la phrase de Dostoïevski, «Si Dieu n'existe pas, tout est permis». Il prend cette formule au sérieux : «il n'y a pas de nature humaine, puisqu'il n'y a pas de Dieu pour la concevoir». L'homme n'est pas de toute éternité dans l'esprit d'un Dieu créateur, comme l'idée d'un objet technique comme un coupe-papier, dans l'esprit de l'artisan. Par conséquent, aucune norme transcendante n'indique à l'homme ce qu'il doit faire. L'homme est libre, «il est liberté».

Sartre explique que cette liberté implique une responsabilité : en se choisissant lui-même, l'homme établit un modèle de ce qui vaut pour l'homme en général. «Ainsi, notre responsabilité est beaucoup plus grande que nous ne pourrions le supposer, car elle engage l'humanité entière». En faisant de chacun «un législateur qui choisit pour l'humanité entière», Sartre retrouve aussitôt l'universel, dont il semblait s'écarter en confrontant l'individu à la liberté absolue de son choix, sur fond d'«angoisse» et de «délaissement», deux concepts inspirés de la lecture de Kierkegaard et de Heidegger. On ne peut échapper ni à la liberté du choix de son existence et de ses actions, ni à leur caractère exemplaire pour tout homme : l'invocation de motifs pour ne pas exercer sa liberté est assimilée à de la «mauvaise foi».

Certaines formules de L'existentialisme est un humanisme sont restées célèbres, comme «Nous sommes seuls, sans excuses», ou bien «L'homme est condamné à être libre».

LIBERTE ET ALIENATION

Selon Sartre, l'homme est ainsi libre de choisir son essence. Pour lui, contrairement à Hegel, il n'y a pas d'essence déterminée, l'essence est librement choisie par l'existant. L'Homme est absolument libre, il n'est rien d'autre que ce qu'il fait de sa vie, il est un projet. Sartre nomme ce dépassement d'une situation présente par un projet à venir, la transcendance.

L'existentialisme de Sartre s'oppose ainsi au déterminisme qui stipule que l'homme est le jouet de circonstances dont il n'est pas maître. Sartre estime que l'homme choisit parmi les événements de sa vie, les circonstances qu'il décidera déterminantes. Autrement dit, il a le pouvoir de 'néantiser', c'est à dire de combattre les déterminismes qui s'opposent à lui.

Au nom de la liberté de la conscience, Sartre refuse le concept freudien d'inconscient remplacé par la notion de «mauvaise foi» de la conscience. L'Homme ne serait pas le jouet de son inconscient mais choisirait librement de se laisser nouer par tel ou tel traumatisme. Ainsi, l'inconscient ne saurait amoindrir l'absolue liberté de l'Homme.

Selon Sartre, l'homme est condamné à être libre. L'engagement n'est pas une manière de se rendre indispensable mais responsable. Ne pas s'engager est encore une forme d'engagement.

L'existentialisme de Sartre est athée, c'est-à-dire que, pour lui, Dieu n'existe pas, ou en tout cas «s'il existait cela ne changerait rien». L'homme est seul source de valeur et de moralité. Il est condamné à inventer sa propre morale et libre de la définir. Le critère de la morale ne se trouve pas au niveau des «maximes» mais des «actes». La «mauvaise foi», sur un plan pratique, consiste à dire : «c'est l'intention qui compte».

Selon Sartre, la seule aliénation à cette liberté de l'homme est la volonté d'autrui. Ainsi fait-il dire à Garcin dans Huis clos «L'Enfer c'est les Autres».

LE MARXISME

Sartre présente le marxisme comme «horizon philosophique indépassable de notre temps». Après avoir observé et analysé l'existence et la liberté de l'homme en qualité d'individu, Sartre s'est interrogé sur l'existence d'une conscience collective et son rapport avec la liberté individuelle. Dans sa Critique de la raison dialectique (1960) Sartre affirme que la liberté de l'homme est aliénée par les sociétés féodales ou capitalistes. Il analyse comment, dans les sociétés aliénées, les libertés individuelles peuvent conduire à un effet opposé à l'intention générale et à l'aliénation de la liberté collective. Il suggère alors d'inverser le processus : le groupe doit pouvoir décider de regrouper les libertés individuelles pour permettre le développement de l'intention générale. Sartre pense que cette sorte d'aliénation de la liberté individuelle doit être librement choisie et s'oppose ainsi à toute forme de totalitarisme.

L'ÊTRE EN SOI ET L'ÊTRE POUR SOI

Dans L'Être et le Néant, Sartre s'interroge sur les modalités de l'être. Il en distingue trois : l'être en-soi, l'être pour-soi et l'être pour autrui. L'être en-soi, c'est la manière d'être de ce qui «est ce qu'il est », par exemple l'objet inanimé est par nature de manière absolue, sans nuance, un.

L'être pour-soi est l'être par lequel le néant vient au monde. C'est l'être de la conscience, toujours ailleurs que là où on l'attend: c'est précisément cet ailleurs, ce qu'il n'est pas qui constitue son être, qui n'est d'ailleurs rien d'autre que ce non être.

L'être pour-autrui est lié au regard d'autrui.

L'homme, se distingue de l'objet, en ce qu'il a conscience d'être, conscience de sa propre existence. Cette conscience crée une distance entre l'homme qui est et l'homme qui prend conscience d'être. Or toute conscience est conscience de quelque chose. L'Homme est donc fondamentalement ouvert sur le monde, «incomplet», «tourné vers», existant projeté hors de soi : il y a en lui un néant, un «trou dans l'être» susceptible de recevoir les objets du monde.

CITATIONS DE SARTRE

Dans la vie on ne fait pas ce que l'on veut mais on est responsable de ce que l'on est.

je préfère le désespoir à l'incertitude.

on ne peut vaincre le mal que par un autre mal.

un élu, c'est un homme que le doigt de Dieu coince contre un mur.

un roi doit avoir les mêmes souvenirs que ses sujets.

A moitié victime, à moitié complice, comme tout le monde.

Ah comme je suis libre. Et quelle superbe absence que mon âme.

Ainsi autrui est d'abord pour moi l'être pour qui je suis objet.

Autrui, c'est l'autre, c'est à dire le moi qui n'est pas moi.

La Liberté, ce n'est pas de pouvoir ce que l'on veut, mais de vouloir ce que l'on peut.

Ne pas choisir, c'est encore choisir.

L'homme n'est rien d'autre que ce qu'il se fait.

L'existence précède l'essence.

Un droit n'est jamais que l'autre aspect d'un devoir.

Choix et conscience sont une seule et même chose.

L'ennui avec le Mal, c'est qu'on s'y habitue, il faut du génie pour inventer.

C'est mieux pour un homme d'être riche, ça donne confiance.

Le désir s'exprime par la caresse comme la pensée par le langage.

Chaque homme doit inventer son chemin.

Quand les riches se font la guerre, ce sont les pauvres qui meurent.

Pas besoin de gril : l'enfer, c'est les Autres.

La violence, sous quelque forme qu'elle se manifeste, est un échec.

La violence est injuste d' qu'elle vienne.

Supposez qu'on meure et qu'on découvre que les morts sont des vivants qui jouent à être morts.

Au balcon d'un sixième: c'est là que j'aurais dû passer toute ma vie. Il faut étayer les supériorités morales par des symboles matériels, sans quoi elles retombent.

LIENS EXTERNES

Sartre à la BNF: http://expositions.bnf.fr/sartre/

Groupe d'étude sartrienne: http://www.ges-sartre.fr/

Les amis de Sartre en Amérique du Nord: http://sartresociety.org/

Sartre sur l'INA: http://www.ina.fr/recherche/recherche/search/sartre

Le lycée François 1er du Havre où Sartre a enseigné: http://lycees.ac-rouen.fr/francois1/p/f/

Lycée Pasteur à Neuilly sur Seine où Sartre a enseigné: http://www.lyc-pasteur-neuilly.ac-versailles.fr/

Le lycée Jean Paul Sartre à Bron commune de l'agglomération de Lyon: http://www2.ac-lyon.fr/etab/lycees/lyc-69/jpsartre/

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