BIOGRAPHIE DE SAINTE BEUVE

"Mauvaise langue oubliée, Sainte Beuve (1804-1869) est jaloux du talent de Victor Hugo alors qu'il a bénéficié des faveurs de sa femme"
Frédéric Fabre

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Le 23 décembre 1804 naissance à Boulogne-sur-Mer; Orphelin de père à sa naissance, Charles Augustin Sainte-Beuve sera élevé dans le culte du souvenir de ce dernier par sa mère et sa tante. Il passe une partie de son enfance dans le manoir de Wierre Effroy.

1815- 1824: Il suit des cours de rhétorique et de philosophie au lycée Condorcet à Paris, où il se distinguera et se passionnera pour Chateaubriand, Lamartine et Lamarck. Son cursus universitaire le conduira sur les bancs de la faculté de médecine qu'il délaissera avant terme pour se consacrer à la critique littéraire au journal Globe dès 1824.

1824 à 1831: Il débute une collaboration au Globe.

1827: Il fréquente le salon de Charles Nodier à l'Arsenal alors berceau du cénacle romantique, il fait partie du premier "Cénacle" de Victor Hugo et devient l'ami des saint-simoniens et des mystiques, de Pierre Leroux, de Lamennais et de Lacordaire.

1828: Son premier essai "Tableau historique et critique de la poésie française et du théâtre français au XVIème siècle" prend la forme d'une étude comparative entre les romantiques et les poètes de la Pléiade. Il remet à la monde Ronsard et sa célèbre rose.

1829: Ses poésies et sa prose parurent sous le pseudonyme de Joseph Delorme dans lesquels il pressent les subtilités du symbolisme. Publiées trop tôt, c'est un échec.

Sainte-Beuve tombe amoureux d'Adèle, la femme de Victor Hugo et entretient une importante correspondance avec le couple.

1830 Ses échanges avec le couple Hugo lui inspirent un ensemble de poésies  rassemblées dans "les Consolations"; encore un échec.

1831 à 1848: Il multiplia les articles dans la Revue de Paris, la Revue des deux mondes et Le National.

1834: Influencé par les socialistes Pierre Leroux et Lammenais, Sainte-Beuve publie son unique roman, "Volupté". Pourtant inspiré par sa relation tourmentée avec Adèle Hugo, c'est un nouvel échec littéraire.

1835: Il se lie d'amitié avec George Sand.

1836-1839: Il publie en trois tomes "Critiques et Portraits littéraires". Sa méthode pousse encore plus loin le relativisme qu'avait amorcé Madame de Staël : relative, en effet, une oeuvre l'est d'abord par rapport à son auteur et la critique doit commencer par le portrait et la biographie de celui-ci, d'où le titre de "Portraits littéraires" qu'il donne à certaines de ses études et à l'occasion Sainte-Beuve appliquera à lui-même son talent de portraitiste (voir une esquisse de sa biographie ci dessous). Pour lui, une oeuvre s'explique avant tout par un homme : "Tel arbre, tel fruit".  Cet homme, il ne s'agit pas de l'appréhender superficiellement : une double démarche intellectuelle doit aider à en faire "le siège". D'une part, une enquête objective et exhaustive, armée de tous les documents et de tous les procédés de la plus sérieuse critique historique. D'autre part, une sorte de sympathie intuitive par laquelle il se met à l'unisson des préoccupations profondes d'un artiste.

1837: Il publie un recueil de poèmes: "Pensées d’août"

1837-1838: Il est professeur de littérature à l'université de Lausanne

1839: Il publie trois nouvelles: "Madame de Pontivy", "Christel" et "Le clou d’or".

1839 - 1840: Il est professeur à Berne

1840: Il est nommé conservateur de la Bibliothèque Mazarine à Paris.

1840-1859: Une série de conférence sur les jansénistes est rassemblée dans les cinq tomes de "Histoire de Port-Royal" sur l'histoire de l'Abbaye de Port Royal des Champs de son origine à sa destruction. Il y applique sa méthode à des groupes humains. Il rompt avec le romantisme.

1843: Il publie des poèmes "Livre d’amour" et le premier tome des "Chroniques Parisiennes"

Candidat à l'Académie, il eut pour concurrent Jean Vatout, et, après 7 tours de scrutin, aucun d'eux n'ayant obtenu la majorité, l'élection fut renvoyée à une autre date.

1844: Il publie "Portraits de femmes" avec la même méthode intellectuelle.

Le 14 mars 1844: Avec Prosper Mérimée, il est élu à l'Académie  en remplacement de Casimir Delavigne.

1845: Il publie le second tome des "Chroniques Parisiennes"

Le 27 février 1845: Victor Hugo qui vota onze fois contre lui, le reçoit froidement. Dans sa réponse, Sainte Beuve oublie de faire l'éloge du récipiendaire. Victor Hugo lui reproche sa relation avec sa femme Adèle. Sainte Beuve fait partie de la Commission du Dictionnaire.

1846: Il publie "Portraits contemporains" toujours avec la même méthode.

1848-1849: Fuyant la révolution républicaine, il est professeur à Liège.

1849-1852: De retour, il est journaliste au Constitutionnel.

1851 - 1862: Il publie "les contes du Lundi" en seize volumes. Il y rassemble ses articles critiques du Constitutionnel, du Moniteur, et du Temps. Il y assouplit du reste fréquemment sa méthode, témoigne d'un grand respect pour le goût classique ou inversement se demande ce qu'il peut y avoir de valable dans le "scientisme" et le "positivisme" de la génération d'après 1848. C'est sans doute sous ces nouvelles influences, en particulier celle de Taine, qu'il en arrive à parler "d'histoire naturelle littéraire", qu'il en vient à se considérer comme un " naturaliste des esprits " classant ceux-ci en espèces. il s'occupe souvent du présent et aussi du passé de l'Académie, jugeant les auteurs et les ouvrages avec une grande autorité, mais apportant sans doute un peu de partialité dans les choix de ses contemporains.

1852-1861: Rallié à l'Empire contrairement à Hugo, il entre comme journaliste au Moniteur. Sainte-Beuve devient un familier du salon de la princesse Mathilde. Il est à l'Académie le chef du parti gouvernemental et anticlérical. Il joue un rôle important, mais généralement sans succès, dans les élections. Il combat avec ardeur l'évêque Dupanloup, Victor de Laprade, le père Lacordaire, qui sont pourtant élus. Il ne parvient pas à faire élire ni Théophile Gautier, ni Charles Baudelaire. Il réussit cependant dans les élections d’Émile Augier, de Champagny et Camille Doucet à faire passer des candidats agréables ou moins hostiles à l'Empereur.

1855: Il devient professeur de poésie latine au Collège de France.

1856: Il défend sans succès l'idée émise autrefois par l’Événement de Victor Hugo, d'une Académie du suffrage universel.

1857-1861: Il est maître de conférence à l'École normale supérieure.

1861: Il publie "Chateaubriand et son groupe littéraire". Il y applique sa méthode à un groupe littéraire.

1862: Il demande dans le Constitutionnel que l'Académie soit divisée en huit sections représentant chacune un genre de littérature. Cette proposition, approuvée par le Siècle et l'Opinion nationale mais combattue par le Temps, est rejetée.

1863: Ses "Poésies complètes" sont publiées.

1863-1870: Il publie et fait publier "les nouveaux contes du Lundi". Sainte-Beuve y reste très indépendant et entend laisser la première place au plaisir du lecteur. Il s'oppose à Taine quand le déterminisme scientifique de ce dernier semble masquer le rôle de l'individualité créatrice.

1865: Il est nommé sénateur. Ses prises de position en faveur de la liberté de la presse bientôt suivies d'effets, lui attirent la sympathie des libéraux et du monde ouvrier.

1869: Il publie "Le général Jomini"

 

le 13 octobre 1869: Il meurt à Paris.

1870: Publication posthume de Madame Desbordes-Valmore et Monsieur de Talleyrand.

1872: Publication de P.J. Proudhon.

1873: Publication de "Lettres à la princesse" Mathilde.

1874 - 1875: Publication posthume des "Premiers lundis" en 3 volumes

1876: Publication posthume du troisième volume de "Chroniques Parisiennes"  et des "cahiers de Sainte Beuve".

1877-78: Publications de "Correspondance" en deux volumes.

1880: Publication posthume de deux nouvelles: "La pendule" et "Rayon jaunes" et de "nouvelle correspondance".

1903: Publication de "Lettres à Collombet"

1904: Publication de "Correspondance avec Monsieur  et Madame Juste Olivier".

le 23 décembre 1904: Le centenaire de Sainte-Beuve est célébré.

1912: Publication de "Lettres à Charles Labitte"

1926: "Mes poisons" sont publiés et révèlent l'homme très complexe qu'il fut, volontiers ironique, un peu aigre à l'égard des écrivains ses contemporains, mais gardant toujours ses distances et une pleine liberté de jugement.

Manoir dans lequel Sainte Beuve passa une partie de son enfance.

1948: Publication de "Lettres à deux amies", "Lettres à Georges Sand" et "Lettres à Adèle Courriard".

1954: Marcel Proust rejette toute possibilité d'explication d'une œuvre par la vie de son auteur dans "Contre Sainte-Beuve" publié en 1954. Il contribue à réduire fortement l'influence de Sainte Beuve. 

2004: Le bicentenaire de Sainte Beuve est "oublié".

UNE AUTOBIOGRAPHIE DE SAINTE BEUVE

J’ai beaucoup écrit, on écrira sur moi, on fera ma biographie, et les critiques chercheront à se rendre compte de mes ouvrages fort différents; je veux leur épargner une partie de la peine et leur abréger la besogne, en expliquant ma vie littéraire telle que je l’ai entendue et pratiquée.

J’ai mené assez volontiers ma vie littéraire avec ensemble et activité, selon le terrain et l’heure, avec tactique en un mot, comme on fait pour la guerre, et je la divise en campagnes. – Je ne parle ici que de ma critique.

De 1824 à 1827, au Globe; ce ne sont que des essais sans importance: je ne suis pas encore officier supérieur, j’apprends mon métier.

En 1828, j’entame ma première campagne, toute romantique, par mon Ronsard et mon Tableau du seizième siècle.

En 1829, je fais ma campagne critique à la Revue de Paris; toute romantique également.

En 1831, et pendant près de dix-sept ans, je fais ma critique de Revue des Deux Mondes, une longue campagne, avec de la polémique de temps en temps et beaucoup de portraits analytiques et descriptifs – une guerre savante, manœuvrière, mais un peu neutre, encore plus défensive et conservatrice qu’agressive. (Les Portraits littéraires, pour la plupart, et les Portraits contemporains en sont sortis.)

Cette longue suite d’opérations critiques est coupée par mon expédition de Lausanne en 1837-1838, où je fais Port-Royal et le bâtis entièrement, sauf à ne le publier qu’avec lenteur. C’est ma première campagne comme professeur.

En 1848, je fais ma campagne de Liège (de Sambre-et-Meuse, comme me le disait Quinet assez gaîment), ma seconde comme professeur: de là sortent Chateaubriand et son Groupe, publié plus tard.

En 1849, j’entreprends ma campagne des lundis au Constitutionnel, trois années, et je la continue un peu moins vivement depuis, au Moniteur, pendant huit années.

Elle est coupée par ma tentative de professorat au Collège de France, une triste campagne où je suis empêché, dès le début, par la violence matérielle : il en sort pourtant mon Étude sur Virgile.

Je répare cette campagne manquée, par quatre années de professorat à l’École normale; mais ç’a été une entreprise toute à huis clos, quoique très-active. Je n’en ai rien tiré jusqu’ici (ou très-peu) pour le public.

Je recommence, en septembre 1861, plus activement que jamais, une campagne de lundis au Constitutionnel, en tâchant de donner à celle-ci un caractère un peu différent de l’ancienne. – En avant : un dernier coup de collier; en Avant!
Toutes ces campagnes et expéditions littéraires veulent être jugées en elles-mêmes et comme formant des touts différents.»

CITATIONS DE SAINTE BEUVE

C'est ne pas mépriser assez certaines gens que de dire tout haut qu'on les méprise. Le silence seul est le souverain mépris.

Ceux qui ont le don de la parole et qui sont orateurs ont en main un grand instrument de charlatanisme: heureux s'ils n'en abusent pas.

Combien de gens meurent avant d'avoir fait le tour d'eux-mêmes!

Connaître à fond, et tel qu'il est, un être humain et l'aimer, c'est impossible.

Dans un monde faux, les femmes franches sont ce qu'il y a de plus trompeur.

Dis-moi qui t'admire et je te dirai qui tu es.

Elle ne concevait pas qu'aimer fût l'ennemi d'aimer.

En général, nos jugements nous jugent nous-mêmes bien plus qu'ils ne jugent les choses.

Il en est de la pointe de l'esprit comme d'un crayon, il faut recommencer à le tailler sans cesse.

Il est un point élevé où l'art, la nature et la morale ne font qu'un et se confondent.

Il faut écrire le plus possible comme on parle et ne pas trop parler comme on écrit.

Il n'est que de vivre: on voit tout et le contraire de tout.

Il se trouve ... dans les trois quarts des hommes, comme un poète qui meurt jeune, tandis que l'homme survit.

Jeune, on se passe très aisément d'esprit dans la beauté qu'on aime et de bon sens dans les talents qu'on admire.

L'expérience est utile, elle est féconde; oui, mais comme un fumier qui aide à pousser des blés et des fleurs. Mon étable est pleine; cela sent bien mauvais.

L'injustice est une mère qui n'est jamais stérile et qui produit des enfants dignes d'elle.

La nature donne le génie; la société, l'esprit; les études, le goût.

La plupart des hommes célèbres meurent dans un véritable état de prostitution.

La probité est encore ce qu'il y a de plus rare dans les Lettres.

Lamartine ignorant, qui ne sait que son âme,
Hugo puissant et fort, Vigny soigneux et fin ...

Le désespoir, lui-même, pour peu qu’il se prolonge, devient une sorte d’asile dans lequel on peut s’asseoir et reposer.

Le plus souvent, nous ne jugeons pas les autres, mais nous jugeons nos propres facultés dans les autres.

Le talent de la plupart des hommes se termine par un défaut qui se prononce et marque de plus en plus en vieillissant.

Les vieux amis sont comme les vieux vins qui, en perdant de leur verdeur et de leur montant, gagnent en chaleur suave.

Madame de Staël montrait volontiers ses bras, sa gorge, en un mot ce qu'elle avait de mieux, et elle disait:

«Chacun montre son visage où il l'a.»

Moins on parle, et bien souvent mieux l'on pense.

Naître, vivre et mourir dans la même maison.

Qu'on dise: il osa trop, mais l'audace était belle
Et de moins grands depuis eurent plus de bonheur.

Quand les Lettres ne rendent pas ceux qui les cultivent tout à fait meilleurs, elles les rendent pires.

Quand une femme a donné la clef de son cœur, il est bien rare qu'elle ne fasse pas changer la serrure.

Un bon gouvernement n'est que la garantie des intérêts.

Une des plus vraies satisfactions de l'homme, c'est quand la femme qu'il a passionnément désirée et qui s'est refusée opiniâtrement à lui cesse d'être belle.

Une grande aversion présente est souvent le seul signe d'un grand amour passé.

Une laide est plutôt coquette qu'une belle; elle agace les hommes et l'autre les attend

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